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Nihil addendum
par al.jes

Ah ! Ces étrangers…

Ce dimanche, nous recevions pour déjeuner quelques amies et collègues de ma mère. Ma mère est psychologue, à mi-temps en libéral — pour peu que parler de profession libérale ait encore du sens dans la France actuelle — et à mi-temps dans une association s’occupants de mineurs ou jeunes majeurs relevant de services sociaux. Au cours du repas, ma mère et ses amies parlèrent de leur travail, et la conversation s’orienta sur les mineurs d’origine étrangère. Ainsi, pendant plus d’une heure je les écoutai évoquer de très nombreuses structures et situations extrêmement compliquées quant au droit d’asile, d’accès aux services sociaux, etc.
Cela n’en finissait pas et je fus frappé de constater à quel point elles butaient toujours sur des points de détails, inévitables dans le système actuel, mais qui n’existeraient plus si l’immigration était libre, si nous étions dans un monde sans frontières.
Bien évidemment, ni ma mère ni ses amies n’ont évoqué cette solution. Parce qu’irréalisable ? Plus vraisemblablement parce qu’une partie de leur emploi dépend directement de cette administration pléthorique. Une telle bureaucratie a déjà été dénoncée par Dambisa Moyo comme raison principale de continuer l’aide humanitaire en Afrique alors même que la croyance selon laquelle cette aide aiderait ce continent ne résiste pas à l’épreuve des faits 1… Mais revenons à nos frontières, plus précisément à leur effacement progressif.

Tout d’abord, grâce à Internet, les données, idées et informations passent déjà allègrement les frontières. En fait, la frontière devient interne aux pays, entre le monde connecté et les dits « déserts du numérique ». Les bénéfices sont nombreux : printemps arabes, développement de technologies nombreuses et variées… et me semblent évidents.
Par ailleurs, avec les marchés trans-nationaux de libre échange, les denrées, biens et capitaux ne connaissent presque plus la notion de frontières… À vrai dire, il est même parfois plus avantageux de passer les frontières que de produire directement dans les contrées où seront consommées lesdites denrées… Pouvons-nous parler encore de frontière ? la question se pose légitimement pour le domaine économico-financier. Quoi qu’il en soit, les développements économiques des BRICS nous montre le succès d’un tel effacement des frontières.

Ensuite, les frontières sont déjà ouvertes aux individus, tant qu’ils restent dans le pays visité pour peu de temps et qu’ils fassent tourner l’économie. Affaires, tourisme… voilà à quoi sont principalement réduits les individus migrants, à quelques exceptions près, il est vrai. C’est largement insuffisant. Songez : nous commençons seulement à constater des migrations comparables à celles ayant lieu lors de l’ère féodale ! Les pèlerinages et le commerce itinérant ont ainsi donné naissance à une remarquable unité culturelle au travers l’Europe (pensez aux cathédrales, aux villes médiévales, aux châteaux forts…) 2. Et l’on voudrait nous faire croire que la suppression des frontières ne serait pas réaliste ? Non seulement le serait-elle, mais elle ne serait que justice.
En effet, la propriété est issue soit de notre travail, soit du travail d’autrui dont on aurait obtenu le résultat à la suite d’un échange ou don librement consenti. À ce titre, la terre ne peut appartenir à personne, et personne ne peut se l’approprier. L’occuper, oui, mais pas se l’approprier. De ce simple fait découle la chose suivante : ceux qui voudraient empêcher la libre circulation des individus sur des terres qu’il prétendrait siennes 3 serait un coquin (et un fasciste). Cela vaut aussi pour les personnes morales et, parmi elles, les états.
À suivre, puisque j’ai tout en haut de ma PàL un ouvrage que mon ami Laurent me conseilla tantôt et qui traite justement d’une époque révolue et pourtant relativement récente où l’on traversait les frontières sans passeport. Je vous en dirai des nouvelles…


  1. Dambisa Moyo, Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa, mars 2009, Farrar Straus Giroux, disponible en français : L’Aide fatale : les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique, septembre 2009, Jean-Claude Lattès. 

  2. Ce n’est d’ailleurs que peu de choses en regard de la période dite des grandes migrations — que notre éducation nationale nomme, ce qui est révélateur, les « invasions barbares ». 

  3. Cela n’empêche pas de pouvoir empêcher de piétiner nos plates-bandes ou de pénétrer notre maison, qui nous appartiennent puisque issus de notre travail ou du travail d’un autre que l’on aurait payé pour cela. De même, cela n’empêche pas de faire payer un droit de passage sur un pont ou sur une route que l’on aurait construite ou entretenue : les gens peuvent passer ailleurs s’ils ne veulent pas payer et, surtout, l’ouvrage résulte d’un travail humain. 

Publié le 22.10.2012. Lien permanent. Retourner en haut.

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