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Nihil addendum
par al.jes

Le Sursaut de la raison

Comme vous, mes amis, j’ai une boîte aux lettres numérique. Comme vous, j’y reçoit pléthore de courriers indésirés et indésirable. Mais contrairement à certains d’entre-vous, mon filtre antispam fonctionne à merveille. « Quel bonheur ce doit-être ! », entends-je déjà… Pourtant, j’ai un plaisir coupable. Je vais régulièrement jeter un œil dans ma spambox.
Au départ, ce n’était que pour vérifier qu’aucun message ordinaire ne soit classé comme indésirable par mon filtre, mais je n’ai pas ce souci. Je me suis en revanche laissé prendre au plaisir malsain de chercher quelque pépite vantant les mérites de telle ou telle méthode d’élargissement de l’organe reproductif, ou encore me demandant avec maintes fautes d’orthographes si je ne voudrais pas donner mes identifiants bancaires, mot de passe compris (sinon ce ne serait pas drôle), au plus complet inconnu… C’est d’autant plus plaisant que ces messages ne sont plus dans ma boîte de réception et du coup ne me sont plus imposés.

Ainsi, j’y ai fait un tour ce matin. Ce que j’y trouvai dépassa toute mes espérances : l’auteur du courriel que je lu se proposait de me convertir à la foi chrétienne. Pour une fois, pas de faute d’orthographe, pas de sous à donner, et en prime mon interlocuteur se payait le luxe de l’humour ! Seul le style impersonnel et la langue anglaise rappelaient qu’il s’agissait là d’une bouteille à la mer et non d’un message qui me soit adressé personnellement. Du bel ouvrage, vous pouvez me croire. C’est dans ce message que j’ai trouvé la pépite qui suit, que je vous ai traduit pour l’occasion.

L’athéisme, cette croyance selon laquelle rien n’est arrivé à rien, puis soudain ce rien a explosé sans raison pour devenir tout, puis qu’une partie de ce tout s’est réorganisée sans raison pour donner des dinosaures […]

Magnifique, n’est-ce pas ?

En prime d’être très amusante, cette « définition » a le mérite de nous rappeler ce que devrait nous dicter notre bon sens, à savoir que la croyance n’est pas l’apanage des théistes. En effet, il est tout aussi irrationnel de croire sans raison en l’absence d’une entité que de croire sans raison en son existence. Un tel aveuglement nous est préjudiciable parce qu’il nous subordonne à la foi sans nous laisser faire usage de notre logique.

Ce n’est pas tout : s’il n’y avait que cela, eh bien tant pis… Mais non seulement nos croyances nous sont préjudiciables, elles peuvent également l’être pour notre entourage. Oh, je ne vais pas vous ressortir ce sempiternel refrain des croisades et autres « guerres saintes » : je ne connais pas un seul texte sacré qui dise « entretuez-vous les uns les autres ». Mais les croyances ne sont pas que religieuses, et l’un des domaines où la croyance s’exprime le plus est la politique.

Ainsi en va-t-il des partisans qui ne supportent pas l’idée que l’on puisse ne serait-ce que penser que leur parti ou homme providentiel se trompât sur tel point de détail ou n’ai pas suffisamment réfléchit à tel aspect secondaire d’une question annexe à leur programme… alors quand un imprudent ose dire d’à peu près tous les partis ou hommes providentiels se trompent, voire nous trompent, sur toute la ligne, je vous laisse imaginer ce que ce pauvre individu va déguster.

Que dire de la croyance même en un homme providentiel alors que ce n’est après tout qu’un homme, et que donc il ne peut faire de miracle ? que ce qu’il donne, il est bien obligé de le prendre quelque-part et qu’il sera indéniablement tenté de se servir au passage ? Frédéric Bastiat nous disait de l’état que c’est « la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre au dépens de tout le monde », démontrant ainsi que la croyance étatiste, en plus de nuire à ceux qui y croient, nuisent également à ceux qu’y n’y croient pas.

Bref, les croyances sont multiples et pas forcément là où l’on les attend le plus. Elles sont utiles, en le sens qu’elles nous inspirent, mais se doivent d’être questionnées et mises à l’examen de la raison et de l’empirisme. Celles qui n’y survivent pas n’ont plus raison d’être autre qu’un folklore amusant mais en lesquelles les gens ne se reconnaissent plus.

Publié le 29.12.2012. Lien permanent. Retourner en haut.

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