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Nihil addendum
par al.jes

L'individu, père de tous les maux…

Tout-à-l’heure, alors que je m’apprêtais à monter dans ma chambre après avoir débarrassé la table, mon père m’interpella pour m’indiquait que Michel Serres allait passer à la télévision. Bien évidemment, ne manquant pas une allocution du bonhomme quand elle se présente à moi, je rejoignit la salle où l’engin projetait son évangile aux rétines familiales. Il s’agissait du journal de vingt heure, où les titres avaient annoncé quelques mots de philosophes et scientifiques à propos des temps à venir.
En effet, la silhouette familière s’afficha sur le moniteur et je dégustait d’avance. La télévision publique devait bien avoir progressé pour que cette sommité soit invitée à s’y prononcer…

Quelle ne fut pas ma déception ! Ce pauvre Michel n’eût que le temps d’esquisser une introduction qu’il fut déjà chassé pour se voir remplacer par deux énergumènes présentés comme « philosophe » et « physicien » mais dont la complication du verbiage n’avait pour égale que le simplisme du propos et l’étroitesse de l’esprit.
Ces deux professionnels de la profession, laquelle était visiblement davantage médiatique qu’autre-chose, sous couvert incompréhensible pour le commun des mortels (ici représenté par mon frère cadet, certes pas particulièrement érudit mais tout de même loin d’être bête), ne disaient qu’une chose :

L’individualisme, c’est mal.

Non, je n’ai pas simplifié à outrance leur discours, il était vraiment à ce niveau-là. Ne m’étonnant guère qu’un média appartenant à l’état fasse preuve de défiance vis-à-vis du plus grand adversaire de ce dernier (à savoir l’individu), je quittait les lieux et rejoignis ma chambre, mes livres et mon ordinateur — qui me joue en ce moment Tetr4, ce magnifique album de C2C que j’écoute en boucle depuis quelques jours.


Quelques minutes plus tard, mon père passa dans ma chambre et, me voyant lire en battant le rythme du pied, s’exclama :

Ben il avait raison [le second énergumène de tout-à-l’heure mais dont le nom importe peu], on arrive à l’âge de l’individualisme [nota : il considère ce mot comme une insulte], du chacun-pour-soi…

Il n’a pas eu le temps de finir parce que je lui ai coupé la parole — c’est là une fâcheuse manie que j’ai, j’en convient, mais mon père ne peut pas me le reprocher : je la tient de lui.

Oui, il avait raison, rétorquais-je. Mais là où lui et toi y voyez un « problème pour la société » [je citais là l’énergumène], je vois une raison de s’enthousiasmer. Combien de morts, combien de millions, de milliards de morts à cause du communautarisme ?

Mon père, découvrant avec dégoût que son libéral de fils assumait avec véhémence son individualisme, quitta ma chambre en maugréant.
J’aimerais toutefois poursuivre avec vous ce raisonnement.

Tâchez de vous représenter combien d’individus sont partis à la guerre par amour pour leur roi, leur empereur, leur président… Il y en a assurément très peu…
Tâchez maintenant de vous représenter combien sont morts pour leur patrie, leur pays, même leur village ! combien ont tué pour un dogme religieux, une couleur de peau…
Vous n’arrivez pas à vous représenter un nombre, n’est-ce pas ? C’est si titanesque…

De tout temps, la ségrégation ne se fait qu’au regard d’un motif discriminant. Et pour cause, puisque c’en est la définition ! Pour pouvoir rejeter ce qui n’est pas « comme nous », il faut qu’il y ait un « comme nous », une idée d’appartenance…

Tous ces maux issus du collectivisme… Et l’on me reprocherait de rester dans mon coin ? Mais pendant ce temps je ne fais de mal à personne… Je ne crois pas que l’on puisse en dire autant de l’idéologie communautaire.

Bref… une bien bonne année à vous mes chers lecteurs ! En tant qu’individus, enthousiasmez-vous des temps à venir.

Publié le 01.01.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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