Aller au menu. Aller au contenu.

Nihil addendum
par al.jes

Une Conversation en ville

Cette semaine, alors qu’entre deux révisions je mangeais en ville, je surpris la conversation d’un jeune couple. Ils parlaient de Noël et la jeune fille disait tout le mal qu’elle pensait de cette fête religieuse. Incorrigible que je suis, j’intervint et leur rappelai le paganisme de cette fête. Enchantés d’apprendre ce fait, ils m’invitèrent à rejoindre leur table pour poursuivre la conversation, ce que je fis avec plaisir.
J’appris alors que la jeune fille en question se revendique de Lutte ouvrière, et elle appris que je suis libéral. Je m’attendais à ce qu’elle le prenne comme un gros mot mais fut surpris de constater qu’elle se montrait au contraire très ouvertes aux idées qui ne sont pas les siennes. Je suis à chaque fois surpris de l’ouverture des gens de gauche aux idées auxquelles ils s’opposent a priori. Force est de constater que les socialistes sont souvent les plus extrémistes de la gauche…

J’ai grandi dans une famille très à gauche. Père socialiste, mère écologiste tendance pastèque (verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur). Heureusement assez peu engagés. Logiquement, mes frères et moi furent grandement influencés par leurs idées. Mon ainé fut le plus touché : il est maintenant très engagé au sein du Parti Socialiste, est plutôt bien placé dans sa mouvance (secrétaire à l’international, c’est dire), dispose de contacts dans les pires dictatures, et participe activement de syndicats étudiants. Moi-même fut fortement atteint et ai failli suivre le chemin de mon frère. C’est mon expérience au sein des jeunesses hitlériennes, pardon, socialistes, qui fut le déclic. Au sein des partis et syndicats, plus le militant est actif, plus sa vision est étriquée ; bien sûr, ce n’est qu’une généralité, qui pourra fort heureusement être démenties par plein d’exemples de dirigeants ouverts ou de petits partisans à l’esprit dogmatique, mais c’est le triste constat que je fis. Je commençai alors à regarder ce qui se disait ailleurs puis fini par me rendre compte de certaines choses, à commencer par le fait que les idées libérales étaient non seulement défendables, mais qu’elles l’étaient autrement plus que ce en quoi j’avais toujours cru 1

Mais revenons à notre demoiselle, qui non contente de se montrer réceptive — et même curieuse — vis à vis des thèses que je développais, me fit prendre conscience que je ne connaissait que très peu le corpus idéologique 2 de son parti. Elle avait raison : de la même façon qu’un étatiste aura du mal à concevoir la grande diversité que connait le libéralisme, j’ai cette fâcheuse tendance à vouloir simplifier, voire caricaturer, l’étatisme, pourtant connu pour être pluriel. J’aurais en revanche quelque reproche quant au vocable de Lutte ouvrière. Dans leur nom, deux mots me dérangent au plus haut point :

En effet, le choix de ce vocable traduit une pensée tournée vers une dichotomie « patron – ouvrier ». Je pense que c’est se tromper de combat. Si rapport de force il y a, il doit nécessairement se placer entre esclavage et liberté. Si lutte des classes il y a, c’est contre la mauvaise classe qu’elle a lieux : tous les patrons de sont pas dictateurs (surtout dans les petites entreprises, où le patron aurait tout à perdre à être trop dur avec ses employés), et tous les tyrans ne sont pas patrons (les hommes d’états, par exemple, sont bien représentés chez les maîtres esclavagistes). De plus, même au sein de ce paradigme erroné, pourquoi se limiter aux seuls ouvriers ? Sont-ils les seuls prolétaires ? Quid des paysans, des étudiants, des chômeurs — dans un système sans dividende universel, ne sont-ils pas les seuls vrais prolétaires ?
Faire usage de cette dichotomie est trop courant chez les étatistes, qui résument la politique à l’axe droite – gauche : plus d’état pour aider les copains riches versus plus d’état pour aider les pauvres. Tout cela ignore royalement l’idée disruptive au possible de la diminution — voire la suppression — de l’état. C’est à mes yeux une grande tristesse, car c’est se fourvoyer totalement que de lutter contre l’esprit d’entreprise quand c’est justement l’immobilisme qui profite au statu quo — qu’incarne le statu quo, devrais-je dire plutôt.

Il va de soi que, puisque je connais mal leurs idées, je peux me tromper. Si c’est le cas et que des militants de ce parti me lisent, qu’ils n’hésitent pas à m’expliquer où je fais erreur. Ce sera avec grand plaisir que je me corrigerai.


  1. Car il s’agit bien de croyance, non de raison, pour affirmer que plus d’état résoudrait les problèmes créés par l’existence même de l’état. 

  2. Puisque vous commencez à connaître mon goût pour l’étymologie, vous devinerez que je n’ai pas d’a priori péjoratif à l’encontre des idéologies, qui ne sont rien d’autre qu’un discours fait d’idées. 

Publié le 13.01.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

©2012 – al.jes, certains droits réservés
Réagissez ! Écrivez-moi : me @ aljes.me