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Nihil addendum
par al.jes

Des Confessions du sieur Perkins

Au semestre dernier, j’ai suivi un cours de Prolog pour débutants. Comme nous étions très peu nombreux, nous nous permettions, étudiants comme enseignant, des digressions hors-sujet, pour le plaisir. Mon enseignant, Francis Courtot, étant plutôt socialiste et moi incorrigiblement libéral — vous me connaissez — nous abordions régulièrement des sujets politiques. C’est au cours d’une de ces digressions que ce dernier me conseilla la lecture des Confessions d’un assassin financier, de John Perkins. Je l’ai lu, et voici ce que j’en ai pensé.

Tout d’abord, il est difficile d’évaluer à quel point l’auteur brode. Certains passages — comme par exemple, à la fin du livre, la conversation avec un afghan en plein Wall Street quelques jours après les attentats du 11 septembre — sont tout simplement surréalistes. D’autres moments sont mieux traités, comme le fut la mort du président panaméen : distante, entourée de « on dit », surtout pas romancée.
En fait, la question de la véracité se pose dès la préface, où l’auteur nous apprends que c’est sa fille qui l’a convaincu d’écrire ce livre alors même qu’il craint pour sa vie. Soit il ment en disant craindre pour sa vie, soit il est prêt à condamner sa fille avec lui. Quand on voit comme, vers la fin de l’ouvrage, il s’inquiète pour sa fille, l’on sait pertinemment que certains passages sont faux, présenté sous un angle différent…
Cela dit, c’est dans l’ensemble fort crédible. N’oublions pas que ce récit commence dans un contexte de Guerre froide et se finit dans l’héritage de cette dernière.

Ce qui nous mène à mon second reproche vis-à-vis de ce livre : si l’on lit entre les lignes, si l’on distingue les faits présentés de l’avis de l’auteur, l’on observe une suite d’événements qui devraient achever de nous convaincre de ne pas laisser de pouvoir aux puissants. John Perkins en a une toute autre interprétation, engoncé qu’il est dans les théories fumeuses du vingtième siècle — capitalisme de copinage versus socialisme, sans autre alternative. Ainsi déduit-il des excès et crimes des dirigeants qu’il nous faut d’autres dirigeants qui se préoccuperaient du peuple. Douce fantaisie, mais le monde n’est pas fait de gentils et de méchants…
C’est là tout le problème de nos politiques, axées selon un alignement droite – gauche qui ne veut que décider qui des riches ou des pauvres sera privilégié. À cela je dis « non » : l’égalité en droits n’est pas négociable. Pas de privilèges, un point c’est tout. Si ne pas comprendre cela est acceptable pour un homme qui a fait sa vie comme « assassin financier » pendant la Guerre froide, il ne l’est plus de nos jours.

Le dernier reproche que je ferai à ce livre — outre la traduction mal faite — et à son auteur est aussi le plus grave : dans son épilogue, John Perkins nous conseille d’envoyer des messages à tout notre carnet d’adresse. Cela s’appelle de l’incitation au spam. Cela mériterait presque le rétablissement de la peine capitale.

Publié le 28.01.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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