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Nihil addendum
par al.jes

Liberté, égalité, fraternité

J’évoquai dans l’un de mes premiers articles — La Terre nous appartient — l’axiome de non nuisance. Il me semble temps d’y revenir.

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

Ainsi débute l’article quatre de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est cela que l’axiome de non nuisance.

Rien que ça ? Oui, et bien plus à la fois. Olivier Simard-Casanova nous rappelait dans l’un de ses anciens articles que le principe d’élégance scientifique se résume à deux mots : « simplicité ingénieuse ». Quelle élégance que notre axiome !

Pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui… Y a-t-il plus simple et plus juste principe de droit ? En intégrant la limite de la non nuisance à autrui dans la définition de la liberté, et en érigeant la liberté comme seul et unique axiome de vie en société, que nous manque-t-il pour une vie saine ? Cette définition, par exemple, induit l’égalité en droit. Je compte vous le démontrer de ce pas, d’une façon que ne renierait nul mathématicien : par l’absurde.

Imaginons un instant une situation inégalitaire en droit. Cela signifie évidemment qu’un individu aurait alors un droit sur un autre (et ce n’est, à vrai dire, qu’une autre façon de présenter la chose). Dès l’instant ou un individu A dispose d’un droit sur un individu B, alors l’individu B est limité dans son droit par autre que la non nuisance à autrui (l’individu A). De facto, notre individu B n’est plus libre. La perte de liberté n’étant pas compatible avec la liberté, vous conviendrez qu’un régime de liberté oblige à l’égalité en le droit.

Pareillement, la fraternité, qui consiste à ne pas faire à autrui ce que l’on n’aimerait qu’il nous soit fait, est un corolaire de notre axiome : c’est à partir du moment où l’on nuit que l’on quitte la fraternité, en même temps que la liberté.

Cependant, il nous faut écarter deux chimères. La première est qu’il ne peut y avoir d’égalité en fait. Décréter l’inverse serait couronner Ubu. La seconde est que la fraternité ne peut se décréter ni organiser par la loi — voyez plutôt ce qu’en écrivit Frédéric Bastiat :

M. de Lamartine m’écrivait un jour : « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis : « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite et la Justice légalement foulée aux pieds. 1


  1. Frédéric Bastiat, La Loi, écrit en juin 1850, éditions Lulu.com, 2008. 

Publié le 31.01.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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