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Nihil addendum
par al.jes

La Fin des retraites

En effectuant ma veille, je vis que l’ami h16 incitait ses lecteurs à écrire un article sur un sujet donné, promettant aux auteurs des bons articles une publication, une horde de fans et de mourir prématurément, le nez enfouis dans un bol de coke. Cette dernière perspective m’intriguant, je poursuivis ma lecture jusqu’au sujet : Retraite Pour Tous 1. Cela me fit penser à la réaction de mon père lorsque je lui parlai de dividende universel :

Ah, oui, donc en fait tu veux m’enlever ma retraite…

Je vous évite la suite à base de « J’ai travaillé toute ma vie, moi » et de « Ces jeunes, tous des égoïstes ! »…

Mais attends un peu, là, me demanderez-vous peut-être, c’est quoi ton dividende machin et quel est le rapport avec ma retraite ?

Vous avez raison de poser cette question, c’est d’ailleurs l’objet de cet article. Mais commençons par le commencement.

Le commencement est une autre question : qu’est-ce que la monnaie ? Pas d’inquiétude, je ne compte pas disserter sur ce point pendant des heures — je n’en ai simplement pas la capacité. Je me contenterai de définir la monnaie comme un protocole d’échange de valeur : c’est parce que nous ne pouvons directement échanger des valeurs intrinsèquement subjectives que nous faisons appel à la monnaie, qui n’est pas une valeur en soi.
Ceci a pour conséquence que a monnaie n’a d’impact que normatif, et donc on peut lui appliquer une caractéristique essentielle d’une norme : on peut en changer. Il suffit qu’un groupe d’individu décide d’échanger à l’aide d’une unité intermédiaire pour qu’une nouvelle monnaie soit inventée. C’est ce qui se passe dans un SEL.

Certains choisissent de baser leur monnaie sur une matière existante (or, argent…) tandis que d’autre décident que leur monnaie ne sera pas tangible mais basée sur la confiance et les écrits (l’on parle alors se monnaie fiduciaire ou scripturale). Parmi ces dernières, certaines monnaies disposent, comme toute monnaie matérielle, d’une masse monétaire maximale qui ne peut être dépassée ; c’est le cas du Bitcoin. D’autres, comme la quasi-totalité des monnaies actuelles, prévoient une masse monétaire extensible à l’infini. Il nous faut alors prévoir des règles d’émission de la monnaie. C’est ici que l’on revient à notre dividende universel : est monnaie à dividende universel toute monnaie dont la masse monétaire croît selon une règle définie et où l’accroissement de la masse monétaire est reversé égalitairement à tous les individus membres de la zone monétaire. C’est ce reversement égal pour chaque individu d’une zone monétaire donnée de l’accroissement de la masse monétaire que l’on nomme un dividende universel.

Cela peut sembler utopique ou inutile, mais ce système élégant permet, rien qu’avec une monnaie, de permettre une redistribution sans impôt ni état tout en permettant — pourvu que cette monnaie soit répandue — de jouir de sa vie sans nécessité de la gagner avant cela 2.

Enfin, prenons une hypothèse folle : nos dirigeants, comprenant à quel point notre système monétaire nous mène droit à la faillite, décident d’un commun accord de changer le mécanisme actuel de création monétaire pour un dividende universel 3. Comme ce nouveau système permet en lui-même la redistribution, nous pouvons dès lors réduire drastiquement voire supprimer toutes ces aides et allocations qui soutiennent un assistanat pointé du doigt, et donc les impôts qui financent ces premiers. Voici pour le dividende universel, voilà pour la retraite.

Aujourd’hui, quand un individu vient au monde (enfin… à la France), il passe les premières années de sa vie à s’éduquer, les dernières à se reposer et tout ce qui les sépare à travailler pour que tout ce beau monde dilapide le fruit de son travail. Beaucoup d’entre nous attendons donc avec impatience le jour où l’on recevra à notre tour le fruit tant mérité du travail d’autrui. Après tout, l’on a cotisé, non ?

En effet, les retraites sont justifiées par une cotisation et je me verrai bien, y compris en recevant un dividende universel, placer à la réception de mon salaire quelque argent de côté pour mes vieux jours. Et si notre modèle de cotisation pour les retraites n’était par répartition il serait tout à fait aisé de décréter le remboursement des cotisations et d’en finir là. Cependant, j’aimerais attirer votre regard sur un point particulier : dès le moment où l’on dispose d’un dividende universel, l’on a plus besoin des allocations… Supprimons les aides non-issues de cotisations, annulons toute future cotisation et poursuivons de verser les retraites comme si de rien n’était, mais avec pour limite le remboursement de nos cotisations. Ainsi l’on peut espérer en une ou deux générations avoir une transition vers quelque-chose de plus sain, où chacun peut vivre et épargner pour lui-même.

Reste un problème : si l’on fait tout cela, on aura étatisé le dividende universel. Ce n’est pas forcément ce que chacun voudrait…


  1. Oui, avec des majuscules à tous les mots. 

  2. Pour plus d’informations et d’arguments, je ne puis que vous inciter à lire la géniale Théorie relative de la monnaie, de l’ami Stéphane Laborde. 

  3. Cette hypothèse est folle pour au moins trois raisons : tout d’abord nos dirigeants ne sont pas conscients des problèmes de notre système monétaire ; ensuite, même s’ils en étaient conscients, il est tant à leur avantage qu’ils ne changeraient rien ou l’empireraient ; enfin, si grand jamais ils passaient outre leur conflit d’intérêt, ils sont trop habitués aux usines à gaz pour accepter une idée aussi simple que le dividende universel. 

Publié le 04.02.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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