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Nihil addendum
par al.jes

Pour un revenu de vie universel

En tant qu’auteur, je suis souvent confronté à la problématique du financement de l’art. Plus le temps passe et plus il devient évident que le monopole d’un auteur ou de ses ayant droits sur la diffusion des œuvres qu’il a créé — autrement appelé droits d’auteurs — est une impasse qui ne peut survivre à Internet. Les auteurs et éditeurs qui ont fait le deuil de ce business model dépassé sont à la recherche du nouvel eldorado. Certains, comme l’ami Ploum, regardent de près les systèmes de micro-dons comme Flattr. D’autres s’intéressent aux dons tout court, parfois se servant du piratage comme d’une merveilleuse publicité. D’autres encore militent pour la création d’une « licence globale » ou pour l’un de ses semblables, c’est-à-dire pour la création d’une sorte de taxe qui sera ensuite reversée aux artistes en fonction de la diffusion de leurs œuvres. En soi, cela semble une bonne idée.
En tant qu’étudiant, je rencontre souvent des syndicalistes étudiants qui, voulant faire profiter à tous d’études de qualité, militent pour l’extension des bourses à toujours plus de monde. Plus tard, ces mêmes personnes ou leurs camarades militeront pour garantir aux chômeurs et travailleurs pauvres un niveau de vie décent. En soi, cela semble de bonnes idées.
Puis, s’ils fondent une famille, ils voudront s’assurer que leurs enfants disposent d’une éducation de qualité et, soucieux d’équité, que tous les enfants puissent disposer d’une telle éducation. Certains, ayant plus de jugeote que les autres, comprendront qu’un monopole implique de facto une baisse de qualité et voudront être sûrs que toutes les écoles ne dépendent pas du même organisme, qu’il soit privé ou public. Ils défendront l’école libre et militeront pour un « chèque éducation », une subvention accordé pour tout enfant à ses représentants légaux, afin qu’ils puissent fournir à leur enfant une solide instruction — une bourse avant l’heure, en somme… Encore une fois, cela semble une bonne idée.

Hélas, cette conception de la société n’est pas exempte de défauts.

Le premier, qui rend la chose périlleuse, est qu’il est particulièrement difficile d’identifier la catégorie concernée. Par exemple, alors que cela paraît simple, qui peut recevoir un chèque éducation ? N’importe quel mineur ou ceux de moins de seize ans, l’école n’étant plus obligatoire après cet âge ? Vous pouvez être sûr que cette simple décision divisera grandement…
De même, comment définir un chômeur ? Étymologiquement, un chômeur est une personne qui chôme. Doit-on pour autant refuser les aides du chômage aux travailleurs bénévoles, ou à ceux ne travaillant qu’une heure par semaine ? mais alors, doit-on également proposer ces aides à une personne travaillant presque à temps complet, voire à une personne travaillant peu mais gagnant quatre cent cinquante euros par heure ? L’on ne s’étonne plus alors de l’usine à gaz administrative que consiste le système d’entraide étatisé, qui d’ailleurs est — c’est peu de le dire — très loin de faire consensus au sein du peuple.
Enfin, cette difficulté atteint son paroxysme lorsque l’on tâche de définir ce qu’est un artiste. Faire une œuvre soumise au droit d’auteur est-elle suffisante ? Auquel cas n’importe quel bachelier auteur d’une dissertation un tant soit peu originale y aurait droit. Faudrait-il, au contraire, être homologué par un jury ? Alors nous n’aurions pour bénéficiaire qu’une caste de privilégiés ayant plu au pouvoir…

Même si nous réussissions à trouver une définition claire et faisant consensus de tout cela, nous heurterons de plein fouet notre second problème, totalement inévitable : toutes ces aides ne sont adressée qu’à une partie de la population, ce qui en fait autant de négations du principe d’égalité en droit, pourtant figurant dès l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen !
Oh, je sais ce que certains vont me répondre : nous avons tous été enfant et pouvons tous être étudiant, artiste, pauvre ou au chômage. Sans doute, mais pouvez-vous m’assurer que ces aides sont touchées indifféremment par tous les individus qui composent le peuple ? Non ? alors l’égalité en droit n’est pas respectée. Je sais que nous avons pour habitude de bafouer cette dernière, mais ce n’est pas une raison pour continuer sur une si mauvaise lancée. D’autant plus qu’il existe une solution. Oui, celle qui vous est donnée en titre de cet article : un revenu de vie universel.

Ce qu’il y a de bien avec un tel revenu, c’est qu’il est justement universel. Inconditionnel, si vous préférez. Une formule couramment employée pour souligner ce fait est qu’il est versé pour tous du berceau au tombeau. Ainsi, plus besoin de débattre de qui le reçoit : il est pour tout le monde. La fortune des mineurs pourra tout à fait être gérée par leurs responsables légaux, pour l’instruction notamment.
Suffisant pour vivre, il permet que chacun puisse choisir de poursuivre des études ou de s’adonner à son art. La pauvreté, elle, n’existerait plus et le chômage ne serait plus un problème pour personne. Mieux, plus personne ne peut dénoncer un quelconque « assistanat » puisque tout le monde touche la même somme. La gauche, se réclamant de valeurs humanistes, devrait se réjouir pleinement d’une telle mesure. Mais voyons plutôt comment financer un tel revenu.

En effet, il y a plusieurs façon de le financer. La première d’entre elle, la plus simple, est une réforme du modèle de redistribution ; l’on simplifie l’impôt puis l’on remplace toutes les aides conditionnelles par le revenu de vie, à l’exception des aides particulières comme, par exemple, destinées à compenser un handicap lourd. Nous obtenons alors un revenu de vie un peu faiblard, mais c’est un bon début.
La seconde est dérivée de la première, sauf que l’on y supprime tout impôt, devenu inutile, à l’exception de la TVA, que l’on aura pris soin de monter à cinquante pour cent. Je ne vais pas développer ici les arguments expliquant pourquoi ce n’est pas si injuste que cela paraît, ce film le fera bien mieux que moi.
La dernière est plus subtile, puisqu’elle consiste à tout bonnement créer la monnaie que l’on distribue ensuite égalitairement. Cette approche est appelée le dividende universel et est loin d’être aussi fantasque que vous pourriez le croire de premier abord. D’une part, cette approche est décrite dans la TRM comme le seul système monétaire respectueux des droits de l’homme. D’autre part, cette approche est liée au fonctionnement même de la monnaie, ce qui permet de l’appliquer sans nécessairement passer par une instance centrale comme un état. Vous aurez bien évidemment compris que cette approche a ma préférence. Mais vous êtes encore sceptiques, je le sens. Aussi je vous invite à lire ces trois articles de l’ami Stanislas Jourdan :

Bonne lecture !

Publié le 18.03.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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