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Nihil addendum
par al.jes

Soyons tous idiots…

Abruti, bête, con, idiot, imbécile, stupide. Tous ces mots nous semblent être synonyme et pourtant relèvent de grandes différences quand on prend le temps de les observer de plus près.
Prenez l’imbécile par exemple. Littéralement, il est « sans bâton » (c’est le sens de ce mot en latin), ce qui signifie qu’il est simple, faible (sous-entendu d’esprit). Le stupide, en revanche, est frappé de stupeur, ce qui en fait une caractéristique bien moins permanente…

Fait beaucoup plus connu, le con est le sexe féminin. L’insulte que l’on en a fait est donc infiniment plus injurieuse pour le sexe féminin que pour l’individu frappé de ce qualificatif. Pour peu, bien entendu et fort heureusement, que l’on pense à l’origine du mot quand on le prononce, ce qui n’est pour ainsi dire pratiquement jamais le cas.
Il me vient en revanche une anecdote amusante à ce propos. Dans Made in Dagenham, film sur la naissance du mouvement féministe en Angleterre, un homme y est taxé de « dick » ; ce terme, dans le sous-titre, fut changé en « connard »…

Abruti est beaucoup plus intéressant. En effet, en tant que participe passé du verbe abrutir, c’est donc la résultante d’un abrutissement — d’un lavage de cerveau, dirions-nous aujourd’hui. Ainsi, aucun reproche ne saurait être adressé à l’abruti, puisqu’il est victime ! Tout ce dont il serait coupable serait de ne pas s’être affranchi par lui-même des chaînes qui le gardent dans sa condition. Comment pourrions-nous lui en vouloir ?

Il en va tout autrement de l’idiot, qui est actif et donc responsable de son état. De quoi est-il coupable alors ?
De ne rien faire comme les autres… Si ma parole ne vous suffit pas (tant mieux), pensez au personnage de l’idiot du village, au sens d’une « expression idiomatique » ou à celui du mot « idiosyncrasie ». Eh oui.

Si l’on prend alors en considération que l’idiotie est en totale opposition avec la notion d’identité (puisqu’elle implique nécessairement d’être identique), alors on comprend aisément comment une telle idée a pu être à ce point discréditée face aux communautarismes des siècles qui nous ont précédés.

Heureusement, il n’appartient qu’à nous de saisir le sens réel des mots et de s’affirmer non comme partie d’un tout mais comme atomes, comme individus, comme particuliers.

Soyons idiots ; soyons exceptionnels.

Publié le 28.03.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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