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Nihil addendum
par al.jes

Cyber-organismes

Tels des Prométhée postmodernes, les transhumanistes travaillent à améliorer l’humain. Non pas à améliorer les conditions de vie de l’humain, mais à l’améliorer, lui : bionique, vie éternelle, singularité, telles sont leurs sujets d’étude. Et quand il leur est reproché de jouer à Dieu, ils sourient. Après tout, l’homme du vingt-et-unième siècle n’est-il pas comme monsieur Jourdain, transhumaniste sans le savoir ?

Regardez-le donc, qui parle 1 à ses téléphones, montres, lunettes « intelligentes », qui joue contre une intelligence artificielle. N’appelle-t-il pas déjà de ses vœux des robots qui soient ses égaux, voir sur lesquels il puisse se reposer, tel le couple Tony Stark – Jarvis 2 ?

Regardez-le, qui s’équipe de prothèses de plus en plus perfectionnées, qu’elle soient pour retrouver sa complétude ou pour acquérir de nouvelles capacités : ce fut un temps des lunettes correctrices, voici venu le temps des smartglasses. N’est-il pas déjà un cyborg ?

Regardez-le encore, qui repousse toute maladie à l’aide des incroyables avancées de la médecine. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, quand l’immortalité du corps pourrait devenir possible 3 ?

Ensuite, il a toujours existé d’autres moyens pour la vie éternelle. À celle du corps, que cherchent les transhumanistes, un ami chrétien me rappela l’autre jour que l’on pouvait chercher celle de l’âme, selon ce que nos croyances nous disent. Ajoutons encore celle des gènes, que permet la filiation, et enfin celles du nom et de l’œuvre qui peuvent résulter de l’état de culture.

En regardant tout cela, du fameux carpe diem à l’alchimie, j’ai le sentiment que l’une des plus grande envie de l’humain fut d’arrêter le temps, comme pour mieux toucher les choses. Ainsi, si tout semble s’accélérer, de plus en plus de communications passent par l’écrit, et donc s’arrêtent, permettent de prendre le temps. Nous lisons nos contemporains comme les anciens, leurs pensées nous touchent de la même façon qu’ils soient morts depuis des siècles ou qu’ils vivent dans le même espace-temps, qu’ils soient de notre génération ou que leurs mots nous parviennent par-delà les millénaires.

Avec l’écriture, nous stoppons le temps, augmentons notre pensée de toutes les pensées nous entourant. Dans nos rêves, nous sommes des cyborgs culturels.


  1. Déjà le geek pratiquait cela au travers la ligne de commande. Ajoutez-y un algorithme d’analyse de la voix, des résultats retournés sous forme graphique et un historique des commandes envoyé pour ciblage publicitaire à l’éditeur du logiciel : vous obtiendrez Apple™ Siri™ ou Google™ Now™. Ajoutez encore une surveillance de vos faits et gestes : voici le Kinect™ de Microsoft™. 

  2. D’ailleurs, le simple fait de nommer une machine n’est-elle pas un signe que l’humain du troisième millénaire souhaite que les machines se personnifient ? 

  3. Plus précisément, les recherches transhumanistes ont pour objet de guérir du vieillissement. Il m’est arrivé d’entendre des gens horrifiés à l’idée que des individus usés par les ans ne puissent en finir avec une vie qui les pèse. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. 

Publié le 26.06.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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