Aller au menu. Aller au contenu.

Nihil addendum
par al.jes

Le Crayon

C’est la seconde fois que je fais ce rêve, j’en suis certain. Il y a bien des variations, des changements, mais j’ai presque l’impression que les nouveautés ne font pas partie du même rêve. Je les raconterai quand-même, au cas où.
Ce qui me frappe, c’est que l’intervalle entre les deux occurrences de ce rêve est de plus d’un an. La dernière fois, c’était dans le cadre spartiate de ma chambre estudiantine. Cette fois-ci, c’est au domicile parental, dans mon lit d’enfance. Il m’était pourtant déjà arrivé d’avoir le même rêve plusieurs nuits de suites, que ce soit sous forme de répétition ou de feuilleton. L’impression qu’un rêve peu être important ne m’est pas étrangère non plus. Mais ici c’est… différent.

Au commencement — ou plutôt ai-je maintenant le sentiment d’une préface —, je suis avec ma mère. Apparemment nous visitons une maison. J’ai le vague souvenir que nous sommes à la fois dans la maison, en train de la visiter, et hors la maison, dans la voiture qui tourne autour de la maison pour mieux voir cette dernière sous tous les angles. Un voisin, choqué de nous voir ainsi ruiner la pelouse, nous interpelle. C’est ma mère de dans la maison qui lui répond comme une évidence que la voiture est nécessaire pour bien voir. Le moi du rêve éprouve alors un fort sentiment de fierté à l’idée d’être son fils.
Puis l’on change de scène et l’on se retrouve dans la voiture, sur un chemin forestier, en direction d’un rendez-vous important pour moi. C’est la dernière scène où ma mère intervient dans ce rêve. C’est aussi la dernière scène du prélude. Le rêve lui-même peut commencer.

J’arrive alors au château où j’ai suivi des cours de théâtre alors que j’étais adolescent. Je m’y rend pour une raison quelconque, et y découvre plusieurs centaines de personnes, venues profiter de mes connaissances.
La première fois, la responsable du lieu était venue vers moi pour me dire que non, ce n’était pas possible pour le château d’accueillir autant de monde, même dans le monde élastique du rêve… Cette fois-ci, ce n’est pas nécessaire : je fais le tour des lieux sans croiser personne sinon les foules auxquelles j’explique que l’on va trouver un endroit plus adapté. Comme c’est un rêve, les hordes de mes admirateurs se disciplinent et certains prennent sur eux de m’aider à faire sortir tout le monde. Sur le parking, trois ou quatre voitures tout au plus nous attendent. Je demande à la cantonade que les propriétaires des véhicules prennent le maximum de personnes, quitte à faire plusieurs allers-retours. Alors, la foule s’évanouit.

À côté de ma voiture, un homme bat ce qui semble être son fils. Mon compagnon de route joue les cowboys et met en fuite le coupable. Puis, sans que je comprenne pourquoi, il attrape le fils, le jette dans le coffre de la voiture et l’y saucissonne. Je suis choqué et entreprends de le détacher, mais mon compagnon explique, tant pour moi que pour l’enfant qu’il vient de ligoter que c’est pour le protéger. De quoi ? de qui ? Je n’en sais fichtre rien, mais dans le rêve l’explication semble suffisante. Ceci dit, et sans que je ne comprenne la suite des événements, l’enfant se libère à l’aide d’un trombone, puis d’un crayon. Je lui dit de faire attention avec ce dernier, qu’il pourrait se blesser. Il me répond que c’est trop tard, mais pas comme dans un film, où une musique dramatique nous aurait prévenu de ce qui allait suivre : c’est un fait qu’il énonce, voilà tout. À ce moment, il place la pointe du crayon face à son œil, en vue de crever ce dernier. Mon compagnon de route et moi, fascinés, observons.

Le crayon pénètre l’œil sans la moindre éclaboussure, ni la moindre goute de sang. Il pénètre le crâne de l’enfant profondément. Puis, le garçon se tourne vers moi et fait jouer le crayon dans sa plaie. Il l’en retire, l’y renfonce, l’en retire, l’y renfonce, et ainsi de suite. Le moi du rêve est révulsé à la vue obscène du crayon qui fait des allers-retours dans ce regard enfantin, tandis que le moi hors du rêve se réveille, avec le sentiment que le temps n’existe plus.

Publié le 23.08.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

©2012 – al.jes, certains droits réservés
Réagissez ! Écrivez-moi : me @ aljes.me