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Nihil addendum
par al.jes

Polygamie, quelle(s) différence ?

Je lis ces temps-ci The Ancestor’s Tale, de Richard Dawkins. Dans cet ouvrage, l’auteur suit l’arbre phylogénique et en profite pour entrer dans le détail de nombreuses thèses zoologiques contemporaines. Entre autres points évoqués, il nous parle des répercussions sur le corps du comportement sexuel.

Parmi les comportements sexuels, se détachent particulièrement la monogamie ainsi que deux cas de polygamie : la polyandrie et la polygynie 1.

Dans le cas de la polyandrie, la lutte pour la survie des gènes se traduit, au sein de l’utérus de la femelle, par une lutte des spermatozoïdes de différents mâles pour atteindre le ou les ovules disponibles. Cela ne veut pas dire que les spermatozoïdes devront se doter de crocs, mais simplement que le mâle qui aura produit le plus de gamètes se verra avantagé par la sélection naturelle. De fait, les générations successives d’une espèce où la polyandrie est généralement pratiquée verront leur individus mâles se doter de testicules de plus en plus gros (par rapport à la taille du corps).

Dans le cas de la polygynie, la lute des gènes pour leur survie se traduira autrement : les mâles qui parviendront à obtenir un harem se reproduiront beaucoup, répandant leurs gènes, alors que les autres mâles ne se reproduiront pas. Dès lors, les caractéristiques permettant d’être du nombre des chanceux qui se reproduiront se reproduiront. Se forme ainsi un (plus ou moins fort) dimorphisme sexuel. Chez l’éléphant de mer, cela se traduira par un accroissement phénoménal du volume et du poids chez les mâles, certaines espèces ayant des mâles jusqu’à six fois plus gros que leurs femelles ! Dans les sociétés humaines ayant pratiqué une polygynie parfois massive, ce fut le pouvoir politique ou la richesse économique qui furent utilisés comme marqueur permettant la reproduction. Néanmoins, notre léger dimorphisme suggère que la taille et la force furent dans notre préhistoire un atout pour la constitution d’un petit harem. La sociologie semble confirmer cela.

Cela me rappelle ma lecture du génial Bertrand de Jouvenel qui, dans Du Pouvoir, Histoire naturelle de sa croissance, dédie quelques chapitres à son origine probable dans le cadre familial. Je vous résume cela : les communautés les plus favorisées pour la survie étaient, dans un premier temps, celles qui encourageaient une certaine méfiance vis-à-vis de l’inconnu et, évidemment, qui se reproduisaient beaucoup. Le cadre idéal pour l’émergence d’un pater familias, figure emblématique du clan familial faisant autorité sur ses semblables et donc pouvant se reproduire avec de nombreuses femmes, imposant par ailleurs sa suprématie sur les clans voisins par la force. Cela explique à la fois notre léger dimorphisme et bon nombre de structures sociales humaines traditionnelles 2.

Cependant, il convient de temporiser : ce n’est pas parce qu’un comportement a été prédominant dans notre passé qu’il faut s’y limiter voire qu’il est impossible ou contre nature de faire autrement 3. Ce comportement ne découle que d’une chose : de nos valeurs. Il se trouve que, contrairement à presque tous les animaux, nous disposons d’une conscience, ce qui nous permet d’être plus actifs sur ce que l’on choisit comme valeurs. Dès lors, il est tout à fait possible d’imaginer de nombreux comportements sexuels au sein d’une même société : tout est possible !

Profitons-en.


  1. Notez bien que la polygamie se distingue de la polygynie : la première signifie qu’un individu aura plusieurs partenaires alors que la polygynie, plus médiatisée, n’est qu’un cas particulier de polygamie où tous les partenaires d’un individu particulier sont des femelles. 

  2. Bien entendu, je schématise et simplifie à outrance. Pour une explication plus poussée, je ne peux que vous inviter à lire ces deux ouvrages. 

  3. J’en tiens pour preuve la généralisation croissante de la monogamie au cours des derniers millénaires de l’histoire humaine. 

Publié le 23.09.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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