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Nihil addendum
par al.jes

L'Auteur, cet être d'un autre temps…

Qu’est-ce qu’être auteur ?

Usuellement, est auteur quiconque a créé une œuvre 1. Cependant cela pose un sérieux problème : celui des œuvres dérivés d’une autre, des contributions… Je connais certaines personnes qui ont contribué de manière non négligeable à tel ou tel projet mais ne comprennent pas pourquoi leur nom devrait être cité, même parmi la liste des contributeurs. Ce qu’ils ont fait était gratuit ; aucun retour n’était attendu. Pour ces personnes le simple fait que leur « droit » de paternité soit incessible est inacceptable ; cela les place de force dans un contexte d’échange alors qu’ils voulaient faire un cadeau…

Les choses empirent quand l’étymologie s’en mêle. En effet, si dans l’histoire du mot « auteur » le sens de « créateur d’une œuvre » est fort présent — c’est d’ailleurs le plus ancien —, il existe une autre acception, celle de « qui a autorité sur » — entre autres sur l’œuvre. C’est pour cela que même une œuvre collective par essence comme un film ou un jeu verra l’un de ses créateurs assumer ce rôle particulier de l’auteur, du réalisateur 2. Cependant à l’heure de Wikipédia, des logiciels libres et d’Internet, que penser de ce statut de l’auteur ?

L’auteur est dépassé, il faut bien l’admettre : ce qui compte n’est pas d’avoir autorité, mais de lâcher prise. Peu importe d’être auteur d’une œuvre, quand on a pu y contribuer… Car il ne faut pas se leurrer ; de nos jours, avec le numérique, tout est copie. Tout ce que vous faites sera copié, modifié, amélioré ou abîmé. Tant mieux. Au lieu d’une œuvre immuable, dont il faudrait se contenter, vous venez de créer la vie !

Au final, je ne suis pas sûr de vouloir être auteur. Plutôt qu’une quelconque autorité, je préfère revendiquer la paternité de mes œuvres, et m’assurer que mes « enfants » disposent d’un environnement favorable pour grandir, prendre leur autonomie. De là le choix du copyleft : je m’assure que mes créations restent libres. Même si je sais que ce n’est qu’un pis-aller. Une solution serait une réforme complète des droits d’auteurs : qu’on en finisse avec le volet patrimonial et qu’on amende le volet moral.

Oui, vous avez bien lu, je m’élève aussi contre les droits moraux, du moins dans leur forme actuelle. Pour commencer, pourquoi sont-ils perpétuels ? Bien sûr que ce sont les contributeurs qui ont la paternité d’une œuvre, mais pour filer la métaphore, quid de ces contributeurs qui ne veulent pas se voir cités et abandonnent leurs œuvres 3 ? quid aussi d’une possibilité d’adoption ? Nous l’avons vu, lors d’œuvres collectives certains avaient pris sur eux la responsabilité d’élever une œuvre ; une œuvre orpheline serait-elle condamné à le rester ? Comme pour l’adoption d’un être de chair et d’os, adopter signifie que l’on prend la responsabilité de l’élévation d’une œuvre mais ce n’est en rien une négation de l’héritage des autres parents…

L’auteur n’est plus. Longue vie à son œuvre.


  1. Avec l’œuvre au sens le plus large qui soit : non seulement résultat, mais aussi processus, performance créative… 

  2. La traduction en anglais est plus flagrante encore : director pour un film, lead game designer pour un jeu… Ce dernier est d’ailleurs fascinant : lead, de leader, « guide », « chef » ; game, qui s’oppose à play en dénotant la structure, les mécanismes, les règles d’un jeu ; designer dont l’origine a donné en français « dessein ». 

  3. Il est d’ailleurs possible d’assimiler le droit de repentir à cette possibilité d’abandon. 

Publié le 14.11.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

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