Aller au menu. Aller au contenu.

Nihil addendum
par al.jes

Libéralisme, anarchisme, toußa…

Mais en fait, tu es libéral ou anarchiste ?

La question ne m’a jamais été posée frontalement, mais elle a si visiblement perturbé certains de mes interlocuteurs récents que je me sens comme un devoir d’expliquer ces termes. Alors bien sûr je ne me suis pas mis à aimer les étiquettes, mais il est vrai que cela aide à comprendre mon point de vue. Donc voici.

Le libéral, c’est celui qui défend la liberté. Cela vous l’aurez compris, et vous aurez compris également que la liberté défendue par les libéraux inclus en elle-même l’axiome de non-nuisance. Et c’est ici que tout se passe : s’il ne peut y avoir nuisance, il ne peut y avoir coercition.

En fait, c’est un peu plus complexe que cela. En effet, il y a libéral et libéral. Certains libéraux défendent la liberté mais en l’incluant dans un ensemble plus vaste, ce qui implique qu’ils tolèrent une certaine forme de coercition, du moins jusqu’à un certain point. Ce sont les libéraux « classiques », « modérés » (vis-à-vis des dirigistes), aussi appelés « minarchistes ». D’autres libéraux, dont je suis, font partir leur pensée de la liberté. Dès lors, ils refusent la coercition. Ce sont les libéraux « radicaux », qui sont anarchistes.

De même, chez les anarchistes, qui ont en commun de refuser la coercition, certains choisissent de s’organiser autour d’un contractualisme collectiviste. Ce sont les anarcho-communistes et anarcho-syndicalistes. D’autres considèrent comme moi que l’on ne peut éviter toute coercition sans partir de l’individu. Ce sont les anarchistes libéraux.

Donc je suis libéral et anarchistes. Le croisement de ces deux mouvances porte un nom : « libertarien ».

À ce mot, il m’est arrivé de voir mon interlocuteur avoir un mouvement de recul, prendre un air interrogatif et me demander :

Tu veux dire libertaire, c’est ça ?

Eh non. Le libertaire fait en effet partir sa pensée d’une notion de « liberté », mais c’est une « liberté » avec une autre définition, qui a d’autre implications. Par exemple les libertaires sont en général opposés à la propriété privée, ce qui aboutit à l’effacement d’une zone « tampon » entre les individus et leurs échelles de valeurs rarement compatibles. Je ne dis pas que c’est impensable, mais simplement le résultat n’est pas une absence de coercition ni de nuisance : ce n’est ni anarchiste, ni libéral, mais c’est une réinvention de l’état dans sa forme la plus totalitaire.

Certes, les deux mots se ressemblent et il est vrai que « libertaire » est plus connu, mais ils ne décrivent pas du tout la même école de pensée ; merci de ne pas confondre.

Cependant notre chemin ne s’arrête pas là. En effet, il existe deux mouvances au sein du libertarianisme. D’un côté les libertariens classiques qui, n’incluant pas la clause lockéenne dans leur réflexion, considèrent que tout peut être approprié, y compris la terre. De l’autre, les géolibertariens qui considèrent comme Locke que la propriété est nécessairement issu du travail humain et que donc personne ne peut posséder le produit de la nature. Il s’en suit qu’un bien immobilier peut être possédé mais occupe une portion de Terre qui ne peut l’être. Il faut donc pour éviter toute spoliation des biens communs soit que la ressource naturelle soit aisément accessible par tous, soit qu’il y ait une certaine forme de redistribution des biens. C’est pourquoi les géolibertariens sont parfois appelés « libéraux de gauche » — bien que je rejette cette idée, considérant l’axe droite – gauche bien trop pauvre pour décrire une quelconque réalité —, et pourquoi ils sont souvent favorables à un dividende universel.
Bien sûr, les libertariens classiques accusent les géolibertariens d’ajouter un second axiome qui n’est pas la liberté — la clause lockéenne — et les géolibertariens accusent les libertariens classiques de ne pas respecter l’axiome de non nuisance — puisqu’ils ne respectent pas ladite clause. C’est l’un de ces trolls sans fins qui animent les débats libéraux…

Vous l’aurez compris, si vous voulez me coller des étiquettes je suis libéral et anarchiste donc libertarien, et plus précisément géolibertarien. Mais vous n’êtes pas obligés de me ranger dans une case…

Publié le 15.11.2013. Lien permanent. Retourner en haut.

©2012 – al.jes, certains droits réservés
Réagissez ! Écrivez-moi : me @ aljes.me