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Nihil addendum
par al.jes

La Ville

Notre civilisation est d’essence urbaine. Sans faire appel à l’image barbare de l’homme civilisé face au bon sauvage, pensez simplement que ce mot vient du latin civis, le citoyen, c’est-à-dire l’homme de la cité. De là, il est frappant de constater combien les dix-neuvième et vingtième siècles ont vu un formidable accroissement de la population urbaine s’accompagner d’un non moins formidable rejet de ceux qui jouissaient en premier de la ville : les bourgeois.
Pourtant, quand on y pense, le bourgeois, l’habitant de la ville, fut longtemps considéré comme ce qu’on appelle de nos jours un citoyen. Ainsi, lors de l’ère féodale, les bourgs se sont dotées de chartes, véritables constitutions à l’échelle locale, qui ont fortement participé du déclin de la noblesse 1. De même, les plus germanophiles d’entre nous sauront que l’allemand Burger porte encore de nos jours cette triple signification du citadin, du citoyen et de l’homme riche 2.

Mais si être un homme de la ville ne s’arrête pas à y habiter, cela ne suffit pas d’y prospérer ou de participer à son évolution. Nous le savons tous, la ville donne une perception différente de l’espace et du temps que la campagne. On y vis au rythme des cafés et des restaurants ; on se pose devant une toile pour voir un film ; on déambule entre les façades sculptées et les néons aguicheurs ; on y vis comme nulle part ailleurs. Quand je suis en ville, je sors de chez moi tous les jours ou presque, tant sa vie me charme. La campagne et ses mornes paysages ne me tentent qu’un temps, et je finis par rester à la maison. En ville, on est connectés les uns aux autres. Finalement, je doute qu’Internet ait pu immerger d’un esprit rural. Il y a nécessité de villes connectées par l’électricité et l’envie de communiquer pour que l’idée même de faire communiquer entre elles des machines puisse voir le jour.

La ville a ses rythmes, elle a ses rites aussi. Ainsi le citadin se doit d’être urbain, d’avoir un comportement civique. Le gentilhomme de l’urbs n’a plus besoin d’être bien né ; il lui suffit de suivre le mouvement, de se laisser imprégner de la douce sophistication de la cité. Puis après s’être lassé de lire devant sa table de café, il empoche son livre, il s’immerge dans le flot des passants avant de s’engouffrer dans une bouche de métro.


  1. Ce n’est bien sûr qu’un affreux raccourcis, qui mériterait un développement. Ceci dit, je ne ferai pas : à la place, je vous invite à lire ceci : Régine Pernoud, Histoire de la bourgeoisie en France, Des Origines aux temps modernes, mars 1981, Seuil. 

  2. Une polysémie qui — je n’en doute pas une seconde — n’a pu échapper à Karl Marx. Je me demande ce qu’en pensent les marxistes… 

Publié le 28.01.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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