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Nihil addendum
par al.jes

La Vie avant la naissance

Ces derniers temps, de soi-disant débats 1 animent la société française. Je ne dirai rien quant au rejet du mariage homosexuel ni quant à la promotion de valeurs machistes qui ne sont qu’un refus vis-à-vis de minorités politiques du principe d’égalité en droit : vous n’aurez aucun mal à deviner mon avis. Cependant, une question je pense mérite notre intérêt, c’est celle concernant l’avortement.

L’argument principal de ceux qui s’opposent à l’avortement 2 est que ce petit être qui occupe le ventre d’une femme enceinte est justement un être, fait de cellules bien vivantes. Dès lors, l’éjecter du corps de la mère est un meurtre. En effet, il suffit de regarder une échographie pour n’avoir aucun doute quant à la nature vivante de cet amas de chair que l’on nomme fœtus.

Pourtant, je ne pense pas qu’interrompre volontairement la grossesse — y compris tardivement — soit un crime. C’est quelque-chose de triste car — pour paraphraser l’immense Tyrion Lannister — la mort est définitive tandis que la vie est pleine de possibilités. Mais ce n’est pas un crime. Peut-être vous demanderez-vous alors de quel droit je refuserai à cet humain en devenir un droit si essentiel que celui de simplement vivre. Voici ma réponse.

Il importe tout d’abord de souligner qu’il s’agit là d’humain en devenir. Or tout droit, y compris celui qu’on dit naturel, est une construction humaine. Plus précisément encore, le droit a pour objet les interactions entre des individus 34. Or quand devenons-nous des individus ?

Je pense pouvoir affirmer sans choquer qui que ce soi de sensé que l’individuation ne peut avoir lieu avant la fécondation. Sinon, il serait criminel pour les hommes de se masturber ou plus simplement pour les femmes d’avoir leurs règles. Cela devient plus compliqué après, quand on a une entité qui dispose de son propre code génétique.
Parallèlement, il est évident qu’un enfant sevré est un individu, en cela qu’il est clairement distinct de sa mère.

L’individuation a donc lieu entre deux, et selon les cultures ce moment sera identifié différemment. Pour nous, il s’agit conventionnellement de la naissance, et nous jugeons le meurtre de nourrisson comme un crime très grave. Il va de soi qu’autrefois, alors que la médecine n’avais pas encore connu les progrès que nous lui connaissons, la mortalité infantile était bien plus élevée. De fait, la chose était jugée différemment.

Pourtant il s’agit bien d’une convention, et donc il est compréhensible que les uns et les autres n’aient pas le même avis. Pour ma part j’estime que c’est une bonne convention, et ce pour deux raisons.
La première, vous l’aurez deviné si vous me lisez par ailleurs, est que je suis sensible à l’idée qu’un individu dispose de son corps comme bon lui semble 5.
La seconde est qu’un fœtus est, en ce qui concerne la conscience de soi, comparable à une personne en état de mort cérébrale : il n’y a aucune douleur pour lui, seulement pour les parents. En cela, j’ai le sentiment que l’on ne peut véritablement considérer un fœtus comme un individu.


  1. Où personne n’écoutait personne, ce qui a toujours pour conséquence un débat éclairé, intelligent et dont il ressort une idée nouvelle à même de résoudre la question qui se posait. 

  2. Au moins à l’avortement tardif. Par mesure d’économie je ne répéterai pas cette précision quand je parlerai des anti-avortement. 

  3. Qui parfois s’associe et se présentent comme groupe. 

  4. Pour ne pas devoir me compliquer la vie en devant définir ce qu’est un humain avant de parler de droit, je me contenterai d’une approximation en supposant qu’on en a une idée assez claire et qu’il s’agit de définir ce qu’est un individu. Ce qui est bien assez compliqué. Une dernière précision néanmoins : je parle d’individualité, non d’autonomie, ce qui est, surtout dans ce contexte, très différent. 

  5. J’évacue assez rapidement cette raison par choix. D’une part parce que je me doute que les anti-avortement l’ont entendue en long, en large et en travers et que donc ils en ont marre de l’entendre. D’autre part parce que ça ne suffit évidemment pas à contrebalancer le droit à la vie qu’ils défendent. Tant qu’on y est, j’en profite pour m’adresser à ceux qui disent que c’est facile pour les hommes d’être anti-avortement quand on a pas à porter le bébé. Ça a beau être vrai, je ne pense pas que ça suffise pour en faire un argument valable. Cette approche était compréhensible l’été dernier quand les Suisses trouvaient trop facile pour leur concitoyennes d’être pour le service militaire obligatoire alors qu’il ne l’était que pour les hommes, mais ici c’est sans commune mesure. 

Publié le 29.01.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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