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Nihil addendum
par al.jes

Lettre aux féministes philologues

Mercredi dernier, alors que j’allais finir mes vacances chez mes parents, c’est mon frère qui vint me chercher à la gare. Alors qu’il nous conduisait jusqu’au domicile parental, il reçu un message qu’il me demanda de lire à voix haute. Je ne détaillerai pas le message parce que ce n’est pas ma correspondance, mais entre autres points il abordait la féminisation des mots. Vous savez, les « militant-e-s », etc. Avec cet article, j’aimerais répondre aux féministes qui ont cette pratique.

Tout d’abord, je tiens à préciser une chose : en tant que libéral, je suis un farouche défenseur de l’égalité en droit, que je conçois à la fois comme une conséquence directe et comme une condition sine qua none de la liberté. Ceci vaut également pour les questions des minorités sociales comme les étrangers, les homosexuels ou les femmes. D’une certaine façon, il ne serait pas erroné de me qualifier de féministe, même s’il est vrai que ce n’est pas un combat qui occupe une part importante de mon temps ni de mon énergie.

Ceci étant dit, revenons-en à notre sujet : les formes neutres en français. Il y a quelque temps, j’aurais volontiers ajouté des « e » un peu partout, mais j’en suis revenu. J’aimerais vous expliquer pourquoi.

Tout d’abord, il y a une part de norme grammaticale. La règle en français est que le masculin l’emporte sur le féminin. Cela explique pourquoi je n’ai jamais utilisé les formes neutres dans un travail scolaire ou universitaire mais cela n’explique évidemment pas pourquoi je continue à suivre cette norme ailleurs — ici, par exemple. En effet, il y a quelques années j’étais convaincu du mal-fondé de cette règle que j’estimais sexiste en soi. C’est précisément sur ce point que je suis revenu. J’en suis venu à ce point de notre réflexion que, si l’on veut un français neutre en genre, il ne s’agit pas d’abolir cette règle mais plutôt d’en finir avec le genre féminin.

Oui, je sais. Dit ainsi, cela a l’air provocateur. J’avoue volontiers n’avoir pas su résister à l’envie de troller un peu sur la forme. Mais sur le fond, je suis sérieux. De la même façon que les théories du genre nous ont montré qu’il fallait distinguer le genre biologique, aussi nommé sexe, du genre vécu, social, intellectuel, (ajoutez ici l’appellation de votre choix), il en existe au moins une troisième catégorie, le genre grammatical. Je cite ici le site de l’Académie française :

Si, en effet, le français connaît deux genres, appelés masculin et féminin, il serait plus juste de les nommer genre marqué et genre non marqué. Seul le genre masculin, non marqué, peut représenter aussi bien les éléments masculins que féminins. En effet, le genre féminin ou marqué est privatif : un « groupe d’étudiantes » ne pourra contenir d’élèves de sexe masculin, tandis qu’un « groupe d’étudiants » pourra contenir des élèves des deux sexes, indifféremment. On se gardera également de dire les électeurs et les électrices, les informaticiennes et les informaticiens, expressions qui sont non seulement lourdes mais aussi redondantes, les informaticiennes étant comprises dans les informaticiens. De la même manière, l’usage du symbole « / » ou des parenthèses pour indiquer les formes masculine et féminine (Les électeurs/électrices du boulevard Voltaire sont appelé(e)s à voter dans le bureau 14) doit être proscrit dans la mesure où il contrevient à la règle traditionnelle de l’accord au pluriel. C’est donc le féminin qui est le genre de la discrimination, et non, comme on peut parfois l’entendre, le genre masculin.

Alors bien sûr, ce serait bien trop facile de s’arrêter là, avec un bel argument d’autorité… Poursuivons donc ensemble, si vous le voulez bien. On pourrait noter que, à l’exception notable des couples homme – femme, garçon – fille, mais aussi étalon – jument, taureau – vache, etc. Bref, à l’exception notable des mots relevant d’une dichotomie sexuelle ou de genre vécu dorénavant — sauf « homme », on y reviendra —, les mots féminins sont presque toujours construits comme une forme dérivée d’un mot masculin. Or ces mots masculins sont souvent dérivés d’une forme neutre en latin ou en grec… Prenons justement l’exemple du mot « homme » : le masculin vir n’a pas été conservé, le neutre homo — qui d’ailleurs est aussi l’origine du pronom impersonnel « on » — est devenu masculin et le féminin femina l’est resté.

Au final, plus les problématiques langagières soulevées par les minorités sexuelles — et notamment les transsexuels — viennent à moi, plus je me dit que la solution se trouve dans un langage simple, dépouillé de genre grammatical et donc où les genres marqués ont disparu, pourrait-être une solution à la fois plus élégante et plus efficace que l’adjonction du féminin un peu partout, ce qui relève plus d’une exacerbation des différences.

Sur le même sujet, je vous invite à lire « Les genres : masculin et féminin ; vraiment ? », de Jean-Jacques Richard.

Publié le 01.03.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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