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Nihil addendum
par al.jes

Assumer la paternité

Vous le savez, je ne suis pas un grand défenseur de la notion d’auteur. Je lui préfère les idées voisines de paternité, de contribution. La plupart du temps, avoir à assumer la paternité d’une œuvre me convient tout à fait. J’aime l’idée de construire une œuvre comme on éduque un enfant, au contact d’autres enfants et d’autres adultes.

Pourtant, vous vous en doutez, ce principe ne suffit pas. Lors d’un précédent article sur le sujet, j’ai évoqué la possibilité d’abandonner une œuvre. Je crois bien que je n’en suis pas loin, pour une œuvre non terminée. Non pas que je souhaite l’abandonner entièrement, mais alors que je la concevais l’idée m’est venue — et est restée — que cette conception serait meilleure si je la laissais à une équipe dont je ne serais qu’un maillon égal aux autres. Le chantier est donc à l’arrêt, en attendant que ceux avec qui je souhaite le concrétiser ne soient disponibles.

Il y a une autre œuvre dont j’ai envie de vous parler ici, justement parce qu’elle est le symétrique de la précédente. Ici, j’ai peur de ne pas me contenter de la paternité. C’est la première fois que je vois l’un de mes projets comme pleinement mien. Ce qui est paradoxal puisque c’est un projet de jeu, qu’il y aura nécessairement une équipe pour le concrétiser. Pourtant, rien n’y fait, j’y vois ma patte de bout en bout, de la première lettre du document de conception à la dernière.

Que l’on se comprenne : de la même façon que je n’abandonne pas complètement la première, je ne me vois pas comme l’auteur de la seconde. C’est plus compliqué que cela. Je laisserai avec bonheur ce second projet s’émanciper lorsque je le publierai, mais d’ici-là je suis comme un papa-poule le sur-protégeant du monde extérieur et je sens que je le défendrai bec et ongles face à la critique.

Je ne sais trop quoi en penser. C’est peut-être encore trop tôt pour en penser quoi que ce soit ; tout n’est pas encore très clair dans mon esprit. Néanmoins, une chose reste sûre : concevoir la paternité d’une œuvre rend toute sa complexité au lien qui réunit le créateur et ses créations. Une complexité infiniment plus riche que la position si réductrice d’auteur. Chacunes de mes créations — de mes créatures ? — est différente pour moi ; pourquoi le rapport que j’entretiens avec elles devrait-il être le même ?

Une œuvre n’appartient pas à son créateur. Il existe un dialogue d’une incroyagble densité entre le créateur et l’œuvre, mais ce n’est pas un dialogue d’autorité. Les œuvres ne font que passer par celui qui les aide à aboutir.

Au final, les créateurs ne sont que les témoins privilégiés de la naissance et de la croissance de leurs œuvres. En temps que témoin privilégié, je suis en contact avec mes créations ; j’ai donc cette prétension de les influencer quelque peu. Normal que je sois frustré lorsque l’une ne fait que transiter par moi. Normal que je sois flatté lorsqu’une autre m’accueille à bras ouverts.

J’aime mes œuvres, toutes différemment. Chacune est unique et j’ai la prétention de croire que les autres créateurs ressentent quelque-chose de similaire.

Publié le 08.04.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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