Aller au menu. Aller au contenu.

Nihil addendum
par al.jes

L'Exercice de la déconnexion

Au cours des années, j’ai fais partie de ceux qui font monter la moyenne du nombre d’ordinateurs par personnes.

Adolescent, je me contentais de l’ordinateur de bureau familial et d’une console de jeu. Lors de mes dernières années de secondaire, je me suis offert une seconde console. Puis, alors que je quittai le domicile parental pour entamer mes études supérieures, je fis l’acquisition de deux ordinateurs. Le premier, que je baptisais Raph 1, était et est toujours un laptop plus transportable que portable. Le second, que je ne baptisai pas car je pensais qu’il serait un ordinateur secondaire, était un ordinateur de poche. C’était en 2008.

En 2011, Raph est tombé en panne et le coût de la réparation excédait celui de l’achat d’un nouvel ordinateur en pièces détachées. Je me fabriquai donc Bob, un petit ultra-portable sur lequel j’ai depuis lors testé bon nombre de distributions GNU/Linux. Deux ans plus tard, je fus pris par l’envie de présenter Bob à Raph, si bien que je fis réparer ce dernier.

Peu avant la réparation de Raph, j’avais acheté une liseuse et — quelle frénésie dépensière — pré-commandé Sam, un nouvel ordinateur de poche, destiné à remplacer le précédent. Celui-ci dut être vexé puisqu’il cessa simplement de fonctionner lorsque Sam arriva finalement à la maison. Il eut au moins la décence de me laisser récupérer mes données avant de s’arrêter. C’était en décembre dernier.

C’est ainsi que se déclencha une période fort sombre qui me vaut maintenant une réputation de danger public à éloigner des ordinateurs : Bob cessa de fonctionner à son tour en janvier dernier. Je tentai de le réparer, sans succès. Je fis appel aux services des informaticiens qui avaient réparé Raph, qui ne parvinrent pas à identifier le problème. Ils contactèrent une sorte de chirurgien miraculeux, mais ses tarifs étaient trop importants pour mes économies fort diminuées, si bien que je me résignai courant février à laisser Bob mourir de sa belle mort.

Puis, comme si cela ne suffisait pas, Sam refusa de s’allumer à son tour à la mi-mars. Ayant trop de travail à ce moment-là, j’attendais une semaine avant de l’envoyer au service après-vente. La réparation pris le temps nécessaire et je retrouvai un Sam de nouveau fonctionnel deux semaines après l’envoi.

Toujours est-il que pendant trois semaines, mes seuls ordinateurs étaient à domicile 2. La déconnexion fut donc totale lorsque je partais en cours, en ville, au cinéma. C’est quand je ne les ai plus que je mesure combien ces objets ont changé ma vie. Avec un ordinateur dans la poche, on ne peut plus s’ennuyer en attendant entre deux cours ou le début d’un film au cinéma. Sans, on ne peut plus vérifier une information en passant — c’est très frustrant —, on ne peut plus procrastiner 3. Sans, on est moins présent en ligne, mais plus présent au monde.

Plus important, ces trois semaines m’ont illustré combien les technologies de l’information ne relient pas des machines mais des êtres humains. J’étais littéralement injoignable. Heureusement, j’avais toujours Raph chez moi, mais j’ai mesuré combien la déconnexion nous transforme, combien la connexion est une interface entre nous et nos semblables.

Pourtant, cette déconnexion partielle m’a invité à davantage me recentrer sur moi, à réfléchir à mon mode de vie, à notre monde et à ma position en son sein. Maintenant que Sam m’est revenu, je viens de faire une journée sans lui. Délibérément. C’est très étrange de renoncer à cet objet qui nous augmente. C’est comme se retrouver nu, dans cette humanité habillée. C’est aussi ça la liberté : pouvoir volontairement s’écarter du monde.

Je crois que je vais me faire un tel exercice de temps à autre. Une journée, par-ci par-là, déconnecté du monde, connecté à moi et à mon entourage immédiat.


  1. Je suis de ceux qui nomme leurs ordinateurs principaux. 

  2. Mon livre du moment étant sur support papier, je n’ai même pas emporté ma liseuse avec moi. 

  3. D’ailleurs ceux qui me suivent sur Twitter ont dû remarquer mon absence : le fait est que je ne consulte presque plus mon fil sans ordinateur de poche. 

Publié le 09.04.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

©2012 – al.jes, certains droits réservés
Réagissez ! Écrivez-moi : me @ aljes.me