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Nihil addendum
par al.jes

Le Sens de l'avenir

Je me souviens d’une conversation que j’ai eu l’an dernier. Je travaillais dans une usine, comme ouvrier. C’était un travail ennuyeux, fatigant et inutile, mais j’étais payé pour ça. Je me souviens avoir discuté avec certains collègues de l’automatisation des tâches répétitives, des imprimantes 3D et de l’avenir qu’elles annoncent. J’étais enthousiaste à l’idée.
Mes collègues, eux, voyaient tout cela d’un très mauvais oeil, comprenant que cela signifiait que moins de monde travaillerait, et donc un chômage en hausse.

J’aimerais ici poser une question. Est-ce un emploi salarié que nous voulons ? Ne serait-ce pas en fait de quoi vivre dignement et s’occuper ? C’est une question qui paraît anodine, posée comme ça, mais, en réalité, ce n’est absolument pas le cas. Sur cette question repose l’un des fondements de la société que l’on choisit pour nous et les générations qui nous suivent.

Autrefois, dans l’Antiquité, la société était divisée entre les hommes libres, oisifs, et les esclaves, travaillant. Ensuite, lors de l’époque féodale puis des temps modernes, l’apanage de la classe dominante, la noblesse, était de ne pas devoir travailler. Ce n’était pas toujours le cas, bien entendu, mais, si l’on se contente de généralité, ça l’était. Encore aujourd’hui, certaines personnes vivent de leurs rentes, associant oisiveté à richesse. De tout temps, l’objectif des hommes fut donc de moins travailler. Après tout, si l’on y pense, ceux qui gagnent à la loterie cessent souvent de travailler.

Pourtant, nous redoutons le chômage.

Mais… redoutons-nous vraiment le chômage ? Ne redoutons-nous pas la pauvreté qui y est associée ? En réalité, nous savons tous que le problème n’est pas le chômage. En réalité, nous savons tous que le problème, c’est la pauvreté. C’est pour ça que l’on accepte de travailler, tels les esclaves de l’Antiquité. Les conditions de labeur se sont un peu améliorées, mais nous acceptons encore l’esclavage. Tout est préférable à la misère.

Pourtant, l’automatisation continue. Parce que certains continuent de rêver un monde meilleur, où les hommes seraient libres, où les machines feraient les tâches pénibles et nous laisseraient le reste. Ce qui tombe bien : une machine n’est jamais qu’un outil pour effectuer plus vite une tâche pénible. Une machine n’est pas créative. Une machine n’est pas intelligente. Une machine n’est pas ingénieuse. Elle fait bêtement ce qu’on lui demande de faire, très vite.

Donc l’automatisation continue. Nous vivons la troisième révolution industrielle, qui pourrait bien sonner le glas des grandes industries, des mastodontes, de Léviathan. Et le peuple humain redoute ce qui pourrait bien être son âge d’or.

Pourtant, un peuple massivement au chômage, c’est l’occasion idéale pour instaurer un revenu de vie ! pour accompagner l’inévitable automatisation du monde avec un peuple qui peut s’occuper par lui-même !

J’en discutais justement hier avec une militante écologiste. L’idée lui paraissait belle, et elle se demandait pourquoi les gouvernants ne l’avaient pas encore appliquée. Le fait est que les gouvernants font tout pour freiner l’adoption d’un tel revenu. Cela peut se comprendre : un peuple qui travaille est un peuple d’esclaves ; un peuple oisif est un peuple qui pense, et donc qui cesse de faire ce qu’on lui demande. Les gouvernants continuent de nous servir leur chimère du plein emploi, un plat qu’ils savent pourtant plus que réchauffé. Car un peuple qui a peur de la misère, c’est un peuple prêt à accepter l’esclavage. Parce qu’un peuple qui peut prendre le temps de penser, c’est un peuple qui cesse d’être gouverné.

Malgré cela, le revenu de vie deviendra réalité. Parce que nécessité fait loi, et que l’automatisation avance à marche forcée. Il adviendra, parce que c’est le sens de l’Histoire. Parce que c’est le sens de l’avenir.

Publié le 10.07.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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