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Nihil addendum
par al.jes

Libération sexuelle

Lorsque j’ai pris possession de ma chambre, sur le campus où j’habite désormais, j’ai été étonné de ne croiser aucune fille dans les couloirs. Certes, j’arrivais dans une école de game design et savais qu’il s’agissait d’un milieu masculin, mais tout de même, zéro fille !

J’en appris la raison plus tard : les filles étaient simplement… dans des étages séparés. Le règlement de l’internat stipule d’ailleurs qu’il est strictement interdit aux garçons d’aller dans les étages des filles, sous peine de sanction disciplinaire.


Dans la salle de classe, chacun d’entre nous a un ordinateur qui nous est fourni, avec un double moniteur. En cherchant un fond d’écran à la bonne résolution, j’en trouvais un sur le thème du jeu Portal, avec un pictogramme indiquant un personnage entrant par le portail orange sur un moniteur et sortant par le portail bleu sur l’autre moniteur.

Séduit, je clique sur la miniature pour afficher puis télécharger l’image en plein format, et découvre que la page que je cherche est censurée. Il devait y avoir une certaine autre catégorie de fonds d’écrans sur ce site, puisqu’il était bloqué pour cause de « mature content ».


Avant-hier, on a appris un important vol de photos de célébrités américaines nues. En France, j’aurais probablement condamné la violation de l’intimité de ces dames. Et même, je n’en aurais probablement parlé que cinq minutes et n’aurais pas consacré une ligne de ce blog à la chose.

Ici, en Inde, j’ai assisté à l’avidité avec laquelle mes camarades indiens ont cherché les clichés : puisque les images étaient sur des forums ordinaires, elles n’étaient pas censurées ! Imaginez un peu la chose !


Ces dernières années, on a beaucoup entendu parler de problèmes de viols en Inde. Comme souvent, le fait qu’on en parle est signe d’une amélioration, puisque cela veut dire qu’il y a prise de conscience que c’est là un problème. Nonobstant, la prise de conscience est, comme souvent, suivie de mauvaises mesures.

Les anecdotes avec lesquelles j’ai commencé cet article montrent combien ces mesures sont contre-productives : des jeunes gens sans éducation sexuelle et séparés jusque dans leurs études supérieures ne peuvent que se sentir frustrés ; de même, comment savoir se comporter correctement face à l’autre sexe, quand on ne le connaît pas ? Tout cela étant empiré par l’impossibilité de soulever la soupape de sécurité qu’est la pornographie.

Je ne suis pas, bien entendu, en train de chercher des excuses aux violeurs. Simplement, force est de constater que les mesures qui ont été prises en vue d’éviter les viols risquent d’en provoquer. Pourtant, ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’autres possibilités ! En Europe, les cinquante dernières années ont démontré qu’une bonne éducation sexuelle couplée avec une liberté de moeurs accrue réduit le nombre de viols pour une population donnée.

Ce n’est pas tout. La mesure consistant à séparer filles et garçons et à sanctionner toute présence masculine chez les filles (et seulement dans ce sens-là) est significative. Certes, les hommes sont plus rarement victime de viols que les femmes, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas l’être. De même pour les femmes violeuses. Le côté vicieux avec ces a priori est que ça enrichit le cocktail explosif : les filles, qui ont appris depuis leur enfance que les hommes sont dangereux, ont tendance à rester entre elles et les garçons, qui savent risquer gros, n’osent pas aller vers la gent féminine, si bien que la séparation reste effective jusque dans les zones mixtes !

Autant l’Europe pourrait apprendre de l’Inde sur certains points, autant l’Inde aurait besoin d’une bonne libération sexuelle.

Publié le 02.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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