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Nihil addendum
par al.jes

On the Edge

Récemment, l’un de mes professeurs de game design nous raconta un ancien conte japonais, que voici.


Il était une fois un samouraï, le plus grand qu’ait connu le Japon, et son ami, un moine, voyageant ensemble. Alors qu’ils chevauchaient tranquillement, ils arrivèrent au pied dune haute montagne. Le samouraï annonça vouloir en conquérir le sommet et son ami tenta de l’en dissuader.

Le samouraï, ignorant l’avertissement du moine, entama l’ascension pendant que son ami l’attendait en bas, jouant de la flûte. Le chemin caillouteux était pentu, mais le guerrier têtu, si bien quil avança, hardi, parmi les rochers.

Arrivé à mi-chemin, le grand samouraï glissa et se brisa le pied sous un rocher. Voyant cela comme un défi, il décida de poursuivre son ascension sur une jambe, montrant ainsi quil serait plus fort que la montagne.

Il atteint le sommet à bout de souffle, la fièvre montant à cause de sa blessure. La vue depuis le sommet était splendide, mais il ne put en profiter du fait de la douleur. Pourtant, plutôt que de se reposer, il entama la descente, pensant à son ami qui l’attendait.

Le chemin du retour fut plus difficile encore, et l’état de santé du guerrier n’aidait pas. La douleur le faisait délirer et la fièvre était telle que sa vue ne lui permettait plus que de distinguer de vagues formes.

Lorsqu’il arriva en bas, guidé par la musique de son ami, il s’écroula d’épuisement. Le moine le recueilli et le soigna du mieux qu’il put, mais le grand guerrier resta une dizaine de jours entre la vie et la mort.

Quand il se réveilla, il raconta son épopée au moine, qui lui dit combien il le pensait stupide d’avoir risqué sa vie pour si peu, alors qu’il y avait une montagne plus haute encore qui suivait, puis une autre, puis encore une…

À ces mots, le samouraï sexclama qu’il allait fouler le sommet de ces montagnes également, et montrerait ainsi qu’il est le plus grand, le plus fort, le plus valeureux. Son ami le regarda d’un air déçu : « Il y a toujours une autre montagne. »


La morale de cette histoire, nous dit notre professeur, est qu’il est illusoire de chercher à être le meilleur, le plus grand, le plus doué… des game designers, mais qu’il lui semblait beaucoup plus intéressant de travailler sur le flanc de la montagne, mêlant le vertige des hauteurs à la paix des vallées, en mouvement constant, apportant un peu de ceci, un peu de cela, pour obtenir un résultat riche de diverses influences.

Pour reprendre ses mots, « Being on the edge is the most beautifull way to design. »

J’ai envie d’ajouter : « Being on the edge is the most beautiful way to live. »

Publié le 17.10.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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