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Nihil addendum
par al.jes

Qu’est-ce qu’un ludicien ?

Au fil des ans, sachant que le design tient plus du dessein que du dessin, l’incompréhension du grand public, qualifiant de « design » ce qui était perçu comme relevant d’une certaine esthétique, m’agaça quelque peu. J’ai donc, pendant quelques années, traduit systématiquement ce terme par « conception ». Cependant, ce n’était pas beaucoup mieux, puisque cela occultait que le design sous-tend une démarche intellectuelle et praticienne de conception particulière, fonctionnant par itérations, faisant appel à de nombreux tests, etc. In fine, j’ai abandonné l’idée de traduire ce mot.

Plus tard, alors que je renouais avec mon vieil amour pour le game design et commençais à envisager que ce puisse réellement devenir mon métier —c’est-à-dire une fois le concours d’entrée de mon école actuelle réussi—, je fus confronté à la difficile tâche d’expliquer à mon entourage de quoi il retourne. Car oui, le game design souffre, à l’instar de son parent le design, du syndrome d’Obélix, ou, dit autrement, de la nécessité d’être tombé dedans en étant petit pour comprendre de quoi il retourne.

Je renouai donc quelque temps avec mon vieux subterfuge, et parlai de « conception de jeux ». Ce fut de courte durée, tant je compris vite que mes interlocuteurs ignoraient l’existence et la nécessité du game design, croyant qu’il suffisait de programmeurs et de graphistes pour obtenir un bon jeu vidéo. Donc, quitte à expliquer, je repris à mon compte un mot rencontré dans je ne sais plus quelle publication universitaire : ludicien.

L’avantage de ce mot, c’est qu’en suivant une formation similaire à musicien, écrivain, ou encore cinéaste, il permet de comprendre que le ludicien crée ce qui est ludique dans un jeu, ce qui est propre au jeu. Son inconvénient, c’est que le game designer n’est pas le seul métier propre à la création d’un jeu : il faut compter aussi avec le level designer. Tant pis, l’approximation reste une amélioration de la compréhension commune.

Un ludicien est donc un créateur de jeu —vidéo ou non— qui n’est ni programmeur, ni graphiste, ni musicien, ni scénariste. Un ludicien, c’est une personne qui ne peut pas travailler sur autre chose qu’un jeu, en somme. Mais ne voyez pas le ludicien comme quelqu’un de limité.

Car être ludicien n’est rien d’autre que de créer de la joie.

Publié le 30.11.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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