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Nihil addendum
par al.jes

Le Monstre

Ça fait plusieurs fois que je parle du monstre, comme une évidence, mais peut-être qu’il ne l’est pas pour vous… Le monstre, c’est l’inspiration.

Tout créatif le sait, nos œuvres ne viennent pas de nous. Les Anciens imaginaient le poète comme intermédiaire entre les hommes et les dieux, créant ainsi le piédestal qui accompagne encore aujourd’hui, sans raison, le statut d’auteur. D’autres ont invoqué le concept de muse les inspirant et donnant corps et beauté à leur œuvre.

C’est bien sympa, mais la muse n’est pas toujours telle une nymphe, jeune femme nue et éthérée, dame Nature en personne rendant visite à l’auteur qui en profite pour se masturber le stylo. Le stylo, on a dit. Pour écrire. Non mais.

Non. La muse, ça peut être un petit bonhomme rondouillard buvant whisky sur whisky et crapotant son cigare nauséabond, dictant d’un air distrait et ennuyé son caprice du moment et nous tapant du bout de son journal replié quand on n’écoute pas.

Ou encore, ça peut être une grand-mère sadomasochiste, de retour d’une soirée cuir-moustache, nous cravachant des mots en écoutant du Wagner, espérant qu’on arrive à taper tout ça assez vite sur notre antique machine.

Bref, une muse, ça peut être déroutant.

Pour moi, c’est un monstre. Je n’arrive pas à me défaire de cette image depuis que l’ami Pouhiou me l’a présentée il y a un an et demi. Un monstre informe, une sorte de blob géant, sans couleur. Pas en noir et blanc, non. Sans couleur. Ne cherchez pas, c’est dans ma tête que ça se passe.

Bref, il est là, il voit par mes yeux, entend par mes oreilles, sent par mon nez, etc. Il bouffe de la culture dès que je lui en présente ou qu’elle se présente à moi. Jamais rassasié, ce goinfre. Et il défèque. Beaucoup. Il chie sans retenue, dans mon crâne ouvert qui lui sert de trône. À moi de trouver un sens à ce qu’il m’envoie, à sculpter la matière fécale jusqu’à ce qu’elle devienne présentable.

Mais ce n’est pas tout. Il est timide, ce con. Du coup, je dois en prendre soin, lui faire comprendre qu’il est désiré, l’inviter à excréter, et lui donner à bouffer. Beaucoup. Souvent. Et si j’en prends bien soin, parfois, il m’écoute en retour. Et fait gaffe à me chier les bons ingrédients. C’est rarissime, mais ça en vaut franchement la peine.

Le truc, c’est qu’on a tous un monstre. Les gosses le connaissent, et ne s’émeuvent pas de sa sauvagerie occasionnelle. On a tous été Max, avec nos Maximonstres. Mais on a grandi. On a oublié. On a laissé le monstre s’affamer. Maintenant, il a peur, et il faut le réapprivoiser. Il faut réapprendre à l’écouter.

Alors, retrouvez votre monstre. Aimez-le. Aimez la merde qu’il vous pond. Ça vaut de l’or.

Publié le 14.08.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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