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Nihil addendum
par al.jes

Lumières !

Quand je suis rentré chez moi, toutes les lumières, y compris extérieures étaient allumées. Après plusieurs jours d’absence, mon propriétaire —je loue une chambre chez lui— est de retour. Et on a de l’électricité ce soir.

Bref, je ne comprends pas ce gâchis d’électricité. N’est-ce pas plus simple de n’invoquer que la lampe dont on a besoin ?

Attention, je ne suis pas en train de sortir une diatribe écolo. Je n’ai rien contre l’écologie, mais j’ai lu Bataille. Gâcher pour exister, dépenser, se consumer. J’approuve. J’applaudis des deux mains. Ces gens qui économisent, puis claquent tout dans un bijou hors de leur moyen… Bravo. Au moins, ils en connaissent la valeur. C’est celle de la sueur et du sang. Du foutre, aussi, qu’ils laissent sur une chaussette en admirant le bijou qu’ils se sont offert. Et qui parfois peut leur claquer entre les mains. Ça arrive, avec les bijoux métaphoriques.

Bref. Ce n’est pas du tout pour raison écologique que je désapprouve le gâchis d’électricité. C’est pour raison esthétique. Je trouve la lumière électrique moche.

Pas les néons des grandes rues, non. Ça, c’est cool, mais la lumière électrique du quotidien est d’une laideur… Elle pue. Elle sent la lourdeur du retour du travail métro-boulot-dodo. Elle sent la télévision, le lavage intracrânien. Elle sue la banalité de tous ses pores. Elle m’ennuie. Elle m’use.

Du coup, je ne l’utilise que quand je n’ai pas le choix. Pour lire ou écrire sans me dézinguer les yeux. Je suis déjà binoclard, je n’ai pas envie que ça s’empire. Quoique. J’aime bien porter des lunettes. C’est sexy, les lunettes. Mais je m’égare…

Ces lumières entourant la maison, ce jet-d’argent-par-les-fenêtres-là, il me débecte. C’est d’un mauvais goût. Pourquoi les gens ne savent-ils apprécier la beauté de l’ombre ? L’infini sous les étoiles ? L’obscurité, c’est un joyau fragile. Se régaler de l’ombre, c’est justement le potlatch ultime, quand le monde se drogue à la lumière.

La lumière, c’est le jour. C’est sortir de la caverne, et voir la vérité. La vérité unique. C’est d’un ennui. L’ombre, c’est au contraire ce que le soleil ne voit pas. C’est notre part de liberté avec le monde, avec la réalité.

L’obscurité est fantaisiste. Dans l’ombre, on peut laisser libre cours à l’imaginaire. Dans le noir, on ne nous voit pas. Alors on peut être un peu plus fou que ne le voudrait le carcan de la vie en société.

Mais non. Sortir du lot, être libre, soi-même, c’est mal vu. De toute façon, maintenant, tous nos faits et gestes sont surveillés. #Snowden #Manning #PJLRenseignement #etc.

Alors on préfère se fondre dans la masse. Ne pas varier d’un iota. N’avoir aucune saveur. Société télé-réalité. Panoptique.

Lumières !

Publié le 14.08.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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