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Nihil addendum
par al.jes

Futur présent

Le futur existe déjà, il est juste inégalement réparti.

Je ne sais plus de qui est cette maxime, mais elle résume bien le sentiment de voyage dans le passé que j’ai depuis mon arrivée au Ghana. Puis ça donne une bonne clé de compréhension pour les deux derniers articles.

J’ai grandi dans un pays développé, dans une famille internationale, entouré de gens éduqués, biberonné au World Wide Web… Bref, j’ai grandi dans un monde de science-fiction. Régulièrement, j’ai pu constater ça dans le décalage qui peut s’opérer entre les gens et moi, mais rarement à ce point.

Les gens vivent encore au vingtième siècle. Ils n’ont pas compris qu’on est au troisième millénaire. Ils ne savent pas que l’information se transmet à la vitesse de l’octet. Que les voitures se conduisent en autopilote —et pas besoin d’attendre Google. Que les robots sont sur le point de prendre nos jobs. Saletés de robots. Les immigrés, au moins, on pouvait les renvoyer chez eux… Ils veulent être riches et appliquent la recette à la lettre, mais ne comprennent pas à quel point la recette est obsolète.

Alors, parce que je suis gentil, je vous écris du futur…

Le premier truc, quand on pense à ‹ riche ›, on pense à celui qui a beaucoup d’argent. Faux. Le riche, c’est celui qui dépense beaucoup. Qui s’offre des repas au restaurant, des vacances au bout du monde… Le riche n’a pas un ‹ chez lui › : il est partout chez lui. Nuance.

Vient ensuite la possession. Le riche, il peut avoir plein de trucs, alors on entasse. Faux. Ce sont les pauvres qui entassent. Allez chez un pauvre, vous verrez des tas de bric-à-brac, une décoration surabondante, un trop plein par tous les trous. Stop. Arrêtez ce désastre. Ayez peu, contentez-vous de ce dont vous avez besoin. Alors vous aurez plus. Plus de place chez vous, pour commencer. Plus de place pour créer, pour vous aérer, sans accroche pour limiter votre imagination… Plus de vous, en somme.

Puis le pauvre, il n’a pas de quoi manger, alors que le gros riche bien en chair… Stop ! Stop, je vous dis. C’est obsolète, ce délire. Manger sain coûte plus cher que la malbouffe. Non, reprendre une troisième part quand on n’a plus faim depuis la moitié de la première n’est pas une bonne idée. L’obésité est un signe extérieur de pauvreté, ouvrez les yeux nomdedju…

La belle voiture, maintenant… C’est vrai que c’est classe, conduire une belle voiture qui coûte un bras, un rein, un poumon et un œil, plus deux ou trois chameaux, selon le modèle. Mais les gens vraiment riches, ils ont un chauffeur. Eh oui. Du coup, ils se contrefichent de la voiture.

Et pour finir en beauté, le riche s’est payé une éducation, il est érudit, lit le journal et écoute la radio, alors autant s’informer devant le JT… Ou pas. Ce n’est pas pour rien que curateur est un métier. C’est pour avoir droit à un condensé qui nous laisse nous occuper de ce qui importe vraiment.

Bref, dans le futur, on est nomade. L’ordinateur-roi tient dans la poche. On s’offre des expériences plutôt que des objets. On a des abonnements culturels plutôt que d’acheter des rondelles de plastique. On mange toujours, mais sans excès. Et même la malbouffe essaie d’être saine. On appelle ça de la cuisine urbaine. On n’a pas de voiture non plus. On marche jusqu’au métro. Et quand le métro ne suffit pas, un simple clic sur son écran portatif, et une voiture vient nous chercher. Simple, classe, pas cher. Et pour finir en beauté, on fait attention à son régime intellectuel comme à son régime alimentaire. Pas d’émission poubelles, pas d’infobésité, pas de publicité. Pas trop salé, pas trop gras, pas trop sucré.

Super le futur, non ? Le truc cool, c’est qu’il n’y a même pas besoin d’attendre, seulement de s’y mettre.

En plus, maintenant, on a même l’hoverboard.

Publié le 16.08.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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