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Nihil addendum
par al.jes

Éthique, et toc !

L’éthique au travail. Ça nous est tous arrivé un jour ; ça nous arrivera tous un jour. Se voir attribuer une tâche qui nous dérange. Pour éviter ces tâches, on peut refuser certains emplois. Je pense que je refuserais un emploi chez Google si l’opportunité m’en était donnée. Je n’aime pas l’idée de travailler pour une compagnie dont le business model repose sur l’espionnage de ses usagers.

Mais parfois, c’est plus compliqué que ça. La compagnie pour laquelle je travaille est chouette, plutôt en accord avec ma vision du monde. Pas parfaite, mais je m’en accommode. Et là, on me confie une tâche qui me dérange. Un client nous demande de faire un serious game pour la prévention contre le VIH. Le projet a l’air sympa, intéressant, la compagnie l’accepte. J’ai déjà travaillé sur des projets similaires pour cette entreprise ; on me confie le dossier.

Le hic ? Le client tient à ce que ça se passe dans un milieu homosexuel. Vous le voyez, mon problème ? Vous le voyez, le gros cliché homophobe ? Je l’ai exposé à mon patron, qui n’a pas été choqué. Statistiquement, les homosexuels sont plus touchés, il est logique qu’on s’adresse à eux pour la prévention. Au Ghana, je ne m’attendais pas à une grande ouverture d’esprit en l’endroit de l’orientation sexuelle, de toute manière. Là, plusieurs options se présentent à moi.

La première, c’est de refuser le projet. De demander que quelqu’un d’autre s’en charge. Je ne pense pas que je serais viré. J’ai de bons rapports avec mon patron, et il m’a pris parce que je vois le game design comme un moyen de changer le monde. Il sait que mes opinions influencent mon travail. Sans compter que mon contrat se termine bientôt, et que je retourne en Inde. Risque quasi nul pour moi, donc. Mais reste le problème que ma compagnie a signé le contrat et va l’honorer. Si je refuse de participer au projet, ce fond homophobe restera tel quel.

La seconde, c’est justement de participer. De m’y impliquer complètement. D’opérer un hack sur le contrat. Ça fait plus d’une semaine que je travaille dessus, et je commence à être content du résultat. Mon personnage principal est homo, j’ai donc respecté le contrat. Le joueur peut même décider d’en faire une folle le temps d’une soirée, pour endormir les soupçons du client. Le personnage chope le VIH, comme prévu. Mais pas parce qu’il est homo. J’ai décidé d’en faire un personnage fantasque, haut en couleur, extrêmement bien intégré dans la société et à l’aise. Une sorte de Barney Stinson, aux détails près qu’il est gay et noir. Et ça reste du détail. S’il chope le VIH, c’est uniquement parce qu’il a des pratiques à risques. Il enchaîne les coups d’un soir, se protège rarement.

Avec ce nouveau contexte, ce que mon entreprise proposera au client correspondra au contrat, ce qui signifie que le client ne peut refuser sans rompre le contrat —à ses dépens—, et le jeu est finalement plutôt gay friendly.

En tout cas, ça confirme mon envie d’être mon propre patron. Au moins, si un client vient me voir avec un tel projet, je pourrais lui demander, poliment, mais fermement, d’aller voir si ses idées nauséabondes sont plus acceptées ailleurs.

Publié le 02.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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