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Nihil addendum
par al.jes

Fin de semaine

On est dimanche. Quand je ne voyage pas, il n’y a rien à faire, le dimanche —d’autant plus que la connexion est tout bonnement ridicule. Il ne sert à rien de sortir, seule l’industrie du tourisme fonctionnera, et encore, au ralenti. C’est comme ça. Le dimanche, c’est sacré. Comme en France, sauf que, pour la France, c’est historique. Ici, c’est religieux. Le Ghana est un pays chrétien, très croyant et très pratiquant.

Du coup, je m’amuse à comparer avec d’autres religions. On le sait, les juifs ont le samedi. Si je me souviens bien, les textes juifs demandent expressément de ne rien faire le jour du Seigneur, pas même se préparer à manger. Je me demande si c’est respecté à la lettre, ou si ce ne l’est que par les juifs les plus orthodoxes. Si un juif me lit, je suis curieux.

Pour les musulmans, c’est le vendredi. J’imagine que cela dépend du pays, puisque la pratique de l’islam n’est pas homogène géographiquement, mais je sais que certains pays ne respectent pas strictement cette tradition. J’ai croisé de nombreux musulmans indiens qui travaillaient le vendredi. Simplement, ils travaillaient moins intensément, s’arrangeaient pour terminer plus tôt leurs tâches et aller à la mosquée.

De manière générale, il n’y a pas de jours chômés en Inde. Même les jours fériés, beaucoup de gens continuent à travailler. Simplement, on travaille au ralenti, avec des horaires plus souples. C’était pareil pour mon école, d’une certaine façon. Mon école est franco-indienne et beaucoup d’enseignants sont Européens, avec tout ce que ça implique quant à l’importance du week-end. Pourtant, il n’était pas rare que nous travaillions le samedi ou le dimanche, mais sans obligation ni horaires, et donc beaucoup plus tranquillement.

J’ai adopté cette pratique assez naturellement. À vrai dire, je l’avais déjà adoptée avant de partir en Inde, mais d’une façon un peu différente : le week-end, je travaillais exclusivement pour mes projets personnels et associatifs, alors que, la semaine, j’avais aussi des cours à suivre. Je me souviens que parfois, en rentrant de vacances particulièrement studieuses, il m’arrivait de dire que j’allais pouvoir me reposer à la fac…

Tout ça me rappelle ce débat qui avait eu lieu il y a quelques mois en France, à propos du travail dominical. Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, des syndicats s’étaient farouchement opposés à la possibilité que certaines entreprises fassent travailler certains de leurs employés le week-end, quand bien même lesdits employés étaient d’accord, et clamaient à qui voulait l’entendre que ça les arrangeait.

Je me souviens, par exemple, de cette femme divorcée, dont l’ex-mari avait la garde de leurs enfants le week-end, et qui profitait de travailler le week-end pour avoir son mercredi et des horaires assouplis en soirée. Ça lui permettait tout simplement de passer plus de temps avec ses enfants.

Tout simplement, on peut aussi comprendre que nos amis musulmans et juifs puissent avoir envie d’un autre jour de repos que le dimanche. Je n’y vois rien de choquant. Et par pitié, qu’on ne me réponde pas avec ce non-argument que l’on a pu entendre au moment où le débat était encore vif. Le dimanche n’est pas un jour pour la vie en société. Pas plus qu’un autre, et les gens n’en ont pas besoin pour voir leurs amis (si c’est le cas, je vous invite à, sérieusement, interroger ces amitiés).

Je ne vois vraiment pas au nom de quoi on empêcherait qui que ce soit de vivre selon son propre mode de vie. Pour éviter les abus, on pourrait fixer un minimum d’un ou deux jours chômés par semaine, à chacun de choisir lesquels. L’un de mes amis était nostalgique du mercredi chômé à l’école primaire. Il appréciait avoir une coupure. Pour lui, l’idéal eût été de chômer mercredi et dimanche, et non le samedi. Pour quelqu’un d’autre, ce pourrait être lundi et vendredi.

Et encore, c’est se limiter. On pourrait imaginer quelqu’un ayant une vie sociale vespérale. Pour cette personne, il pourrait être intéressant de travailler tous les jours, mais de dix à douze, puis une à quatre. Sept fois cinq heures, plutôt que cinq fois sept heures. Où serait le mal, si ça l’arrange et que son employeur est d’accord ? À tout vouloir réglementer, les syndicats ont oublié que leur raison d’être est —officiellement du moins— la défense des travailleurs.

Je me souviens d’une de mes lectures, où j’avais appris que Netflix USA ne garantissait pas un certain nombre de jours de congé à leurs employés, mais leur laisser la possibilité de partir en vacances quand ils le voulaient, pour autant de temps que souhaité (oui, même plusieurs mois d’affilés si l’employé le souhaite). La seule condition, c’est de prévenir. Évidemment, cette politique n’a pas résisté au Code du travail français.

Une autre pratique qui ne résisterait pas au Code du travail français, et qui se répand tout doucement dans le monde anglo-saxon, c’est le ROWE, le Result-Only Work Environment. Concrètement, le ROWE implique qu’un employé n’est pas payé à l’heure, mais au résultat. En général, on fonctionne avec une base forfaitaire assez basse, accompagnée de primes de résultat élevées, ou un intéressement dans les projets de l’entreprise auxquels les employés ont participé. La contrepartie, c’est que l’employé n’a pas d’horaire, ni aucune autre contrainte, tant que le résultat est là. Pas même d’être présent aux réunions. Bien sûr, ça reste mal vu de ne pas venir aux réunions quand on a dit qu’on viendrait, mais aucune sanction ne peut être prise.

Ça me fait penser à un ami qui voyage beaucoup. Bien plus que moi. Si j’envisage de m’installer dans un endroit le temps d’un projet ou deux avant de bouger, lui veut pouvoir travailler en nomade. Un jour, se connecter depuis un pays, le lendemain depuis un autre. Le déploiement d’Internet rend cela possible dans une large mesure, et ce serait dommage que ceux qui veulent en profiter ne le puissent pas.

Bref, c’est le week-end, et rien ne bouge. Je trouve ça triste.

Publié le 06.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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