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Nihil addendum
par al.jes

Polymathe

Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ?

Quand j’étais petit, je répondais avec une quantité phénoménale de métiers. Au moins une douzaine, souvent différents. Je voulais tout faire.

Puis vint l’école. Il y avait les maths d’un côté, le français de l’autre. Il fallait choisir son camp. Et à mesure que je grandissais, on me faisait comprendre que ‹ les deux › n’était pas la réponse attendue. De toute façon, il me fallait bien choisir : étais-je scientifique, ou littéraire ?

J’ai fini par choisir la filière scientifique, parce qu’on m’avait fait miroiter que ça m’ouvrirait plus de portes, que je pourrais toujours choisir plus tard. Cependant, je me suis souvent posé la question : et si ? et si je m’étais trompé ?

Plus tard, après une année semi-sabbatique, je me suis inscrit en licence de cinéma. J’ai adoré. Mais seulement, je ne m’y suis pas limité. J’ai feuilleté, fureté, à droite, à gauche. Je n’ai pas renoncé à mon intérêt pour l’informatique, pour la biologie, l’astronomie… Mais je me suis ouvert aux arts picturaux, à la typographie, à la philosophie. J’ai cultivé mon intérêt, déjà ancien, pour le théâtre, l’Histoire et les histoires, l’écriture, les mots…

Le hic, c’est que je n’arrivais pas à me définir comme pluridisciplinaire. La discipline, originellement, c’est une règle de bois, servant à tracer des délimitations. C’est aussi un instrument qui, dans les écoles d’autrefois, servait aux châtiments corporels. Parmi d’autres outils qui traînaient sur le bureau d’un enseignant, c’était le plus pratique pour cet usage. On a parlé de ‹ faire rentrer la discipline ›.

Dans tous les cas, le concept de discipline est associé à celui de limite. Que l’on trace, puis qu’il s’agit de ne pas transgresser. Être pluridisciplinaire, ça voudrait dire que je passais de l’un à l’autre, mais en restant dans le canon de chaque discipline. Un jour, je fais de l’étymologie, un autre, je m’intéresse à l’histoire des sciences, mais pas question d’utiliser mes connaissances de l’un pour mieux comprendre l’autre. Absurde.

C’est lors de mes années d’études à Lille que j’ai découvert le concept de polymathie. De πολύς (plusieurs) et μάθημα (savoir), il s’agit de l’état résultant de l’apprentissage inclusif de nombreuses connaissances. Autrement dit, le polymathe ne se contente pas de cumuler des savoirs variés, mais de créer des liens, sans établir de frontière ni de hiérarchie entre différents ‹ domaines ›.

Forcément, j’éclatai de joie lorsque je découvris ce concept. Car, voyez-vous, non seulement je mettais enfin un mot sur mon cas —et s’il y a un mot, c’est que je ne suis pas si anormal que ça—, mais, en plus, le polymathe est historiquement un modèle, un idéal. Comme polymathes célèbres, on cite souvent Aristote, Averroès, Léonard de Vinci, Galilée, Blaise Pascal, et tant d’autres… Mon ego ne s’est jamais mieux senti.

Et voilà que, cette nuit, furetant le web pour mettre à profit une insomnie passagère, je tombe sur une conférence TEDx : Why some of us don’t have a true calling, par Emilie Wapnick. En visionnant la vidéo, j’ai senti un débordement de sympathie pour la conférencière. Ce qu’elle racontait, je l’avais vécu, à peu de choses près !

Mais Emilie ne se contente pas de raconter son parcours, elle nous explique que les polymathes ont ce qu’elle appelle trois ‹ super-pouvoirs › :

  1. La capacité à relier des idées a priori distinctes. De fait, les polymathes sont plus créatifs, plus innovateurs.
  2. Une capacité d’apprentissage accrue. Nous sommes habitués à apprendre de nouveaux sujets, à être curieux de tout. Des schémas, des liens, apparaissent rapidement.
  3. Une plus grande mobilité. On applique à de nouveaux sujets des compétences acquises par ailleurs. On s’adapte plus facilement à ce qui est demandé de nous.

Dans la société actuelle, on ne peut plus se contenter de spécialistes, qui ne connaissent qu’un sujet précis. On en a besoin, bien sûr —ils maîtrisent forcément mieux leur sujet—, mais on a aussi besoin de gens plus créatifs. Et donc de polymathes.

Dans la vie, je suis game designer et écrivain. Pour le moment. Quand je serai grand ? Je veux être astronaute.

Publié le 18.10.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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