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Nihil addendum
par al.jes

Comprendre les années 90

Alors que je procrastinais, en fin d’après-midi, je suis tombé sur une série de tweets par un certain Noah Smith, à propos des années 90, et de ce qui nous manque, depuis le nouveau millénaire. C’est écrit de son point de vue d’Américain, mais je me suis dit que ça en intéresserait tout de même plus d’un ici 1.


Les natifs du numérique ne semblent pas vraiment comprendre les années 90, ni à quel point elles étaient géniales. J’aimerais expliquer…

Oui, dans les années 90 nous n’avions pas nos smartphones, le mariage gay, les réseaux sociaux ou un président noir. Ce que nous avions était des attentes.

Aussi fou que cela paraisse, j’ai grandi avec l’idée qu’un holocauste nucléaire était inéluctable. Tout ça changea brutalement quand l’URSS est tombée en 1991. Soudain, nous allions vivre. Et une vague de liberté s’est répandue dans le monde. Nous venions de survivre à la Fin de l’Histoire.

Au milieu des années 90, le Web devint grand public. Le monde entier s’ouvrait d’un coup —comme si nous avions découvert une quatrième dimension. Avant 1994, si vous vouliez apprendre quelque chose, il fallait demander à quelqu’un ou regarder dans une encyclopédie faite de papier. Imaginez-vous ça ? Dès lors, en quelques clics, vous pouviez discuter avec des millions d’étrangers. Ça a changé en moins de deux ans !

Dans le même temps, la société a évolué rapidement. Ma mère était femme au foyer dans les années 80. En 2000, des femmes étaient à la tête d’entreprises, avocates, médecins !

Les années 80 étaient le pire d’une grande vague de crime. Les villes étaient des zones à éviter. Mon année de naissance a eu le plus haut taux de crime adolescent jamais enregistré… Et soudain, en une demi-décennie, le siège s’est levé. La criminalité a réduit plus que de moitié. On pouvait habiter en ville à nouveau.

L’augmentation du niveau de vie qui a suivi —en partie dû au travail des femmes— était simplement incroyable. La productivité a explosé. Tout le monde était confiant en la technologie. On vivait dans un roman de Vinge —on vivait la Singularité !

Bien sûr, la bulle de 2000 nous menait à des hauteurs vertigineuses… Des jeunes de mon université devinrent riches en un été en passant leur stage à Amazon. On ne se préoccupait presque nullement du travail qu’on ferait. Quelque chose se profilerait. On finirait riches à peine nous serions fatigués des jeux vidéo.

On s’est mis à croire que ce rythme d’amélioration était la nouvelle norme. En termes économiques, on parle d’extrapolation quantitative. Or, comme Miles Kimbal vous le dirait, le bonheur dérive d’améliorations dans les perspectives d’avenir.

Le capital de cette extrapolation quantitative, et le bonheur qu’on en tirait, étaient ce qui ont rendu les années 90 si géniales.

Ensuite, on a eu Bush, le 11 septembre, la guerre en Iraq, Katrina, Poutine, le réveil de la Chine, la banqueroute de Lehman, la crise de 2008, le Tea Party, et maintenant… Trump !? Quinze ans sans augmentation notable des revenus, la faillite de la famille, le ralentissement de la productivité, les inégalités, une polarisation bipartisane croissante, la fin de la Pax Americana.

Tous les rêves des années 90 peuvent peut-être encore se réaliser, mais nous avons maintenant que la route pour les atteindre sera plus longue, difficile, et cabossée.


  1. Comme on change de format (de tweets à billet de blog), je me permets d’adapter en traduisant. J’espère rester fidèle à l’esprit de son texte malgré cela… 

Publié le 29.01.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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