Aller au menu. Aller au contenu.

Nihil addendum
par al.jes

Apprendre à travailler ensemble

Quand j’ai rejoint mon école, l’an dernier, je me souviens que mes camarades et moi avions beaucoup de préjugés, débutants que nous étions… L’un d’entre eux concernait le rôle de chacun, même si nous n’aurions osé l’avouer devant nos enseignants.

Les programmeurs pensaient ainsi :

Sans nous, il n’y a pas de jeu. Les graphistes sont utiles pour faire un joli jeu, mais ça n’est pas indispensable pour qu’un jeu soit amusant. Puis, ils ne travaillent pas vraiment… Ils dessinent. Les designers ? On ne sait pas vraiment ce qu’ils font. Tout le monde peut trouver des idées, non ? Ils ne sont pas utiles… Non, vraiment, c’est nous qui faisons le jeu.

Les graphistes pensaient ainsi :

Soit, les programmeurs sont utiles, avec leurs trucs de geeks, mais ils ne réalisent pas à quel point on est important. Sans nous, on en serait encore à Pac-Man et Tetris… Et encore, ils n’auraient pas d’interface. Personne ne veut jouer avec de la ligne de commande. Les designers ? Ah, bah pareil, on ne voit pas trop à quoi ils servent. Nous aussi, on a des idées…

Les designers pensaient ainsi :

Sérieux les mecs ? Vous ne vous rendez vraiment compte de rien… Heureusement qu’on est là, parce qu’on ne voudrait pas voir vos simulacres de jeux… Allez, retournez jouer avec vos dessins et votre code, et laissez faire les gens sérieux…

Bien entendu, c’est exagéré. C’est seulement pour que vous ayez une idée de ce qui se passait dans nos têtes.

Toujours est-il qu’on a eu un premier projet en équipe, où il nous a fallu travailler tous ensemble. Voici ce qui a changé dans nos têtes.

Pour les programmeurs :

Les graphistes dessinent n’importe quoi, ils n’ont aucune idée des contraintes d’optimisation du code… Et les designers sont usants, à vouloir nous dire comment faire notre travail.

Pour les graphistes :

Qu’est-ce que c’est que ces gens qui veulent dicter notre façon de travailler ? Ils connaissent notre métier, peut-être ?

Pour les designers :

On le savait. C’est tous des incompétents. Heureusement qu’on est là…

Ah oui, ça n’est pas joli. Ne vous étonnez donc pas comme ça ! C’est la première fois qu’on travaille tous ensemble… À quoi vous attendiez-vous ?

Et donc nous avons tous eu des cours de dessin. Rien de bien méchant : tout juste de quoi mieux comprendre nos amis graphistes. Pareil avec la programmation. Je me souviens de l’un de mes camarades designers qui, ne comprenant rien au code qu’il devait analyser, s’est exclamé que jamais il ne sous-paierait un programmeur.

Mais rien de semblable pour le design.

Jusqu’à la fin de l’année, du moins. Pour un projet, on a réuni tout le monde pour une session de brainstorming. Nous étions partis très loin du sujet donné, faisant des liens que beaucoup ne comprenaient pas, proposant parfois des idées qui semblaient démentes, sans jamais rien refuser.

Après la séance elle-même, nous leur avons montré comment nous avons relié les idées entre elles pour créer des premières ébauches de mécaniques et concevoir une expérience de jeu. Partant de là, nous avons défini les moyens (graphiques, par exemple) nécessaires à l’obtention de cette expérience.

D’un coup, ils ont compris pourquoi on insistait parfois sur des détails qui ne leur semblaient pas essentiels : nous, designers, avons la vision du jeu et, plus important, de ce que le joueur doit ressentir.

Depuis, nous avons tous une vision plus claire du rôle de chacun ; nous ne méjugeons plus les contraintes rencontrées par nos camarades. Tout simplement, nous avons appris à travailler ensemble.

C’est, je crois, l’un des aspects de ma formation qui me plaît le plus. J’apprends le game design, certes, mais au contact d’autres professions.

Publié le 24.04.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

©2012 – al.jes, certains droits réservés
Réagissez ! Écrivez-moi : me @ aljes.me