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Nihil addendum
par al.jes

La Troisième Nuit

Je me tiens aux aguets ; les muscles tendus, prêts à frapper ; l’oreille attentive au moindre son que la bête pourrait laisser échapper.

Le monstre est arrivé chez moi il y a trois nuits, et je n’ai jusqu’à présent réussi ni à l’expulser ni à l’éliminer. Il n’est pas comme ses congénères : il a évolué pour me résister. Depuis, toutes les nuits se répète la chasse, tel un rituel maudit.

Le soir, je vais me coucher, espérant que la nuit précédente ne se répète pas. Je dors depuis quelques minutes, et voilà qu’il me réveille, me narguant d’un vrombissement dans l’une ou l’autre oreille. Alors je me lève, appuie sur l’interrupteur, chausse mes lunettes, et la chasse reprend.

Et là, plus rien. Le silence. Il est furtif, invisible, même. Je ne suis pas croyant, mais je sais quel visage a l’enfer. Moloch a des ailes.

Quand soudain, le voilà, visible pour un instant. Je le combats, mais il esquive tous mes coups. Je ne suis pourtant pas mauvais chasseur, mais ce monstre est plus vif qu’une mouche en plein vol : une pirouette, un tour de passe-passe, et il disparaît à nouveau.

Alors je veille, le cherche du regard. Parfois, il vrombit derrière moi, mais impossible de le voir quand je me retourne. Parfois, il me passe sous le nez, me frôle le visage avant de disparaître aussi subitement. Le harcèlement touche au sublime.

Alors, inlassablement, je fatigue. Je m’assieds sur le lit, et attends sans espoir qu’il se montre. Puis je m’endors, trop fatigué pour lutter. Immanquablement, il vient me réveiller, depuis le creux de l’oreille. Je me relève d’un bond, mais il est déjà parti. Furtif.

La partie de cache-cache continue ainsi cycle après cycle, heure après heure. Quand soudain, le réveil sonne. Je n’ai presque pas dormi de la nuit, encore une fois. Je prends une douche, puis pars au travail. Bien évidemment, l’impertinent reste à couvert.

Nous sommes maintenant au milieu de la troisième nuit. Je suis épuisé. J’en ai assez. Ce vampire me rend fou.

Et là, l’improbable se produit : il entre dans mon champ de vision. Plus par réflexe qu’autre chose, mes mains se tendent. Le coup porte. Je vérifie, et le vois. Là, au milieu d’une flaque de sang. Mon sang, qu’il ponctionne depuis trois nuits.

Je n’ose y croire. J’attends, mais le silence s’impose. Heureusement, on est maintenant samedi, et je pourrais m’offrir une grasse matinée.

Dieux, que je hais les moustiques !

Publié le 24.09.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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