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Nihil addendum
par al.jes

L’Opium du peuple

Je me souviens d’une conversation que j’avais eue il y a quelque temps avec une amie. Je ne sais plus comment on en était arrivés à parler de religion, mais je me suis retrouvé à lui expliquer que je suis agnostique (et ce que ça veut dire). Sa réponse n’a pas tardée : si elle comprend ma position, elle n’arrive pas à comprendre comment certains en arrivaient à décider que Dieu n’existe pas (elle est chrétienne, d’un pays très croyant).

Le fait est qu’il est plus simple de croire qu’il n’y a pas de dieu que d’entreprendre cette démarche active qu’est l’agnosticisme. J’ai déjà exprimé cette idée : nous sommes cablés pour croire. C’est une question de survie : face à un fauve, celui qui croit que tout fauve est dangereux a de meilleures chances de survie que celui qui vérifie par l’expérience. Comme le premier survit plus facilement, sa prédisposition génétique à la croyance se répand davantage dans les générations suivantes.

C’est comme ça que, plusieurs centaines de générations plus tard, on s’est retrouvé avec des humains complètement accros aux histoires, aux réponses faciles, aux croyances… Et c’est dur de s’en défaire ! On en a besoin, de ces réponses faciles !

Comme le dit si bien Ploum, on ne peut se défaire de croyances avec seulement des arguments, car il faut aussi se défaire de la charge émotionnelle qu’elles représentent : pour réaliser qu’on a probablement tord, il faut accepter qu’on a été dans l’erreur pendant longtemps, peut-être toute notre vie. Parfois, cela requiert même de revenir sur des choses autour desquelles on s’est construit : ça demande un sacré travail sur soi !

Alors, dans un sens comme dans l’autre, on aura tendance à s’accrocher à ses croyances. À s’enfermer dans le biais de confirmation. Pas par fainéantise intellectuelle, mais parce qu’on ne sait pas faire autrement. Pas pour quelque chose qui nous est aussi fondamental.

C’est pour ça que les agnostiques sont l’exception. C’est pour ça que, quand Dieu est mort, certains ont cherché une solution de recours. On a besoin de sacré, de spiritualité. On est accros à nos croyances. Pour l’un, la solution sera de joindre une secte new age. Un second se tournera vers le néo-paganisme. Un troisième vers une philosophie semi-religieuse comme certaines formes de bouddhisme. Un autre vers un prophète d’un genre nouveau (d’où l’essor des idéologies meurtrières du vingtième siècle). Un dernier croira éliminer les croyances en croyant qu’il n’y a rien.

C’est très dur, d’accepter que l’on ne sait pas, que l’on ne saura sans doute jamais, et que ça n’est pas grave. Une croyance, c’est rassurant. Ça donne du sens, à nos vies. On a été placé là pour servir les desseins de Dieu, pour mener la lutte des classes, ou encore pour atteindre le Nirvana…

Cela paraît extraordinaire que l’athée puisse penser qu’il n’y a aucun but à la vie, et que hakuna matata, mais que penser de l’agnostique, qui lui se dit que peut-être il n’y a aucun but à la vie, ou bien que peut-être il passe complètement à côté de quelque chose…

Publié le 05.11.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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