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Nihil addendum
par al.jes

Propos sur l’armement citoyen

Ou comment se faire des amis… ;)

Si vous vivez en Europe occidentale, il y a une forte chance pour que les armes à feu soient un non-sujet pour vous : vous n’en voulez pas. Pourtant, j’aimerais, sinon vous faire changer d’avis, vous donner quelques pistes de réflexion allant dans l’autre sens.

Un avertissement, toutefois : jusqu’il y a peu, j’en étais au même point que vous, partisan de l’interdiction des armes. Je suis loin d’être spécialiste de la question, mais quelques recherches en ligne devraient suffire si vous souhaitez un complément d’information.

Pour commencer, donc, vous avez sans doute, comme moi, fait connaissance des armes au travers du cinéma hollywoodien. Si c’est le cas, la façon dont vous percevez les détenteurs d’armes à feu est faussée. Hollywood nous a habitués aux cowboys qui tirent plus vite que leur ombre, sans réfléchir, et n’a rien fait depuis pour corriger le tir. Je me souviens encore des affiches pour les derniers James Bond, où l’on voit le célèbre agent secret tenant une arme, le doigt sur la gâchette, au mépris total de la trigger policy.

S’il y a bien une erreur fondamentale, c’est bien celle-ci : considérer que posséder une arme fait de vous une brute sanguinaire irréfléchie. Il existe diverses raisons de posséder un tel objet, dont la collection, la chasse, le tir sportif, ou l’autodéfense.

Par ailleurs, les propriétaires d’armes ont bien conscience qu’il s’agit d’objets dangereux. À chaque fois que j’ai parlé à l’un d’eux, ils m’ont confirmé qu’il y a quatre règles que l’on apprend avant même d’approcher le stand de tir :

  1. Une arme est toujours chargée. On ne pointe pas une arme vers quelqu’un, même si on a des raisons de penser qu’elle est déchargée. On pointe toujours par défaut le canon de l’arme vers le sol, le ciel, ou une zone dans laquelle on ne risque pas de blesser quelqu’un. On vide l’arme avant de la nettoyer.
  2. On ne vise pas une cible si on n’est pas prêt à la détruire. Ça vaut pour les cibles non vivantes (tir sportif) ou vivantes (chasse, autodéfense). Une arme n’est pas un jouet.
  3. On ne met le doigt sur la gâchette qu’au moment de tirer. Pas avant, pas après. Un accident est vite arrivé (pensez à ce pauvre Marvin, dans Pulp Fiction).
  4. On vérifie toujours qu’il n’y a personne devant et derrière la cible. Encore une fois, on veut éviter tout accident (pensez cette fois-ci à l’intrigue de In Bruges).

C’est à ces règles et différents usages possibles que les gens font référence quand ils disent que ce n’est pas l’arme qui tue, mais le criminel. Quand un meurtre est opéré au couteau de cuisine, on ne demande pas l’interdiction des couteaux de cuisine : c’est la même chose. Un pistolet peut servir à autre chose qu’à commettre un crime.

D’ailleurs, quand on y pense, quelqu’un de prêt à commettre un crime ne va pas s’arrêter parce que les armes sont interdites. Il va s’alimenter sur le marché noir, ce qui n’a fait qu’enrichir des réseaux mafieux. Interdire le port d’arme, ce n’est que désarmer les citoyens honnêtes.

Ici, vous parlerez peut-être des tueries de masse, soi-disant rendues possibles par la disponibilité des armes à feu. Ce serait ignorer trois choses.

La première, c’est que des pays qui pratiquent un contrôle du port d’arme connaissent aussi ces tueries. Les attaques de Paris ou de Nice (avec un camion, pour cette dernière) devraient suffire. San Bernardino est en Californie, état américain pourtant présenté comme modèle par les partisans du contrôle des armes.

La seconde, c’est que ces tueries ont presque toujours lieu dans des gun free areas (écoles, bars, salles de concert… interdisant le port d’arme en leur sein). C’est logique : la possibilité que les victimes puissent se défendre et riposter est un frein bien plus efficace que l’opprobre ou la prison…

La troisième est que certains pays où le port d’arme est fréquent ne connaissent pas (ou presque) ce phénomène. On pourrait par exemple parler de la Suisse, petit pays où le port d’arme est très courant, et qui connaît un taux de criminalité extrêmement bas. Le fait est que de nombreux critères entrent en jeu, et les comparaisons sont souvent faites avec des populations très différentes…

Ça n’a pas de sens de comparer la Norvège (petite population culturellement très peu violente) avec les États-Unis (grande population culturellement violente)… Si on veut faire une comparaison pertinente, il faut le faire toutes choses égales par ailleurs : dans un même pays, avant et après interdiction ou réinsertion du port d’arme.

Enfin, il y a une certaine hypocrisie des politiciens quant au port d’armes. Ils veulent le contrôler ou l’interdire, mais pas par leurs hommes. Forcément, on n’a pas besoin de porter une arme, quand on est entouré de gardes du corps entraînés et armés. D’ailleurs, c’est d’autant plus flagrant aux États-Unis, où les politiciens demandent l’interdiction des armes de guerre dans un contexte de militarisation de la police…

Si l’objectif était de lutter contre les criminels, une arme de poing est plus efficace pour braquer une banque qu’un bazooka ou un fusil d’assaut. En revanche, ces derniers deviennent très efficaces en cas d’insurrection armée. Après les Printemps arabes et Occupy Wall Street, on comprend qu’ils aient pris peur…

Publié le 07.11.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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