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Nihil addendum
par al.jes

La Cathédrale et le Bazaar

La première fois que j’ai remarqué l’importance des hiérarchies remonte à mon adolescence. Cela faisait deux ans que j’avais rejoint un club, et je commençais à y contribuer plus activement.

L’organisation du club était très classique, pour une association française. C’est-à-dire qu’elle était lourde, inefficace, et éloignait les dirigeants du reste du club. Voyez plutôt :

  1. Tous les ans se réunit l’assemblée des membres. S’il n’y a pas assez de monde, il faut réunir tout le monde à nouveau, au plus tôt trois semaines plus tard.
  2. Un conseil d’administration est élu lors de cette assemblée. Il doit se réunir trois semaines après cette dernière. Ici aussi, il faut attendre trois semaines si le quorum n’est pas atteint.
  3. Un bureau est élu lors de la première tenue dudit conseil, avec de très nombreux postes : président et vice-présidents, secrétaires, trésorier, et leurs adjoints, plus divers postes spécifiques.
  4. Au final, les membres du bureau prennent et appliquent leurs décisions, qui sont systématiquement légitimées par le conseil d’administration, et les membres n’ont leur mot à dire qu’une fois par an.

Vu de l’extérieur, il est facile de constater qu’une telle organisation est lente, et qu’elle ne prend que le pire des systèmes démocratiques (la lourdeur) et oligarchiques (autoritarisme, népotisme, éloignement entre les membres et l’équipe dirigeante). Cependant, comme dit précédemment, c’est le système le plus courant pour une association française 1. Au point que certains pensent que tout cela figure dans la fameuse loi de 1901 !

Vu de l’intérieur, c’était un système auquel nous étions habitués, et qui n’avait pas besoin d’être changé. Jusqu’à ce que le club ne connaisse une crise. Nous perdions des membres. Par dizaines. C’est dans ce contexte que j’ai grimpé les échelons, devenant membre du conseil, puis du bureau, puis président. Ce contexte m’a poussé à expérimenter, à simplifier notre organisation le plus possible.

J’ai donc regardé ce qui était effectivement demandé par la loi. J’eus une belle surprise en découvrant à quel point la loi de 1901 est simple et peu exigeante. Si seulement toutes les lois françaises étaient ainsi ! En termes d’organisation, la loi exige deux points : une personne représentant légalement l’association, et une autre personne responsable des finances. Pour le reste, les statuts 2 peuvent être rédigés comme l’association l’entend.

Je prenais alors sur moi de proposer une simplification drastique de notre organisation. Voyez plutôt :

  1. L’assemblée des membres est réunie sur simple demande d’un membre, au moins une fois par an. Il y a obligatoirement un ordre du jour clair et explicite, communiqué aux membres trois semaines à l’avance. En revanche, il n’y a plus de quorum.
  2. Pas de conseil d’administration, pas de bureau. Seulement un président (pour représenter l’association) et un trésorier, tous deux élus directement par l’assemblée des membres, et ayant moins de pouvoir décisionnel qu’auparavant.

La proposition fut acceptée et atteignit son objectif : moins d’administration et des membres plus impliqués. Cela a tenu quelques années, pendant lesquelles nous avons pu aborder de nombreux autres problèmes auxquels l’hémorragie de membres était due, mais ça n’aura pas suffi. Le club n’existe plus à ce jour.

Cette expérience m’a néanmoins servi de leçon : il est important d’adapter la hiérarchie au contexte. Prévoir plusieurs strates peut être utile, mais, dans les groupes de petite dimension ou dépendant de la créativité de ses membres, une hiérarchie pyramidale s’avérera un frein, voire un obstacle.

J’ai par la suite continué à expérimenter avec les organisations minimales, un projet après l’autre. Le résultat fut toujours le même : moins on met de bâtons dans les roues des gens, et plus ils avancent. Au contraire, faire montre de confiance en son équipe paye toujours.


  1. Vraiment, n’allez pas croire que je jette ici l’anatème sur mes prédécesseurs au sein du club. Ils ont très certainement copié ce qui se faisait par ailleurs pour se concentrer sur ce qui importait, sans réaliser que ce type d’organisation comportait de nombreux traits qui s’avéreraient plus tard néfastes au club. 

  2. Les statuts d’une association définissent les objectifs et termes de cette dernière. Dit autrement, c’est un contrat d’association. Pour les associations très larges et forcées que l’on nomme pays, on parlera de constitution. 

Publié le 18.01.2017. Lien permanent. Retourner en haut.

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